
Même si « l'environnement, ça commence à bien faire », comme lâchait récemment le chef de l'État, la France s'est assignée pour objectif de diviser par quatre ses émissions de GES entre 1990 et 2050, dans le cadre du Grenelle de l'environnement. Dès l'an prochain, un affichage environnemental, ciblé sur cette problématique du réchauffement climatique, qualifiera les produits alimentaires. Chaque secteur d'activité anticipe, dans un premier temps, en comptabilisant ses émissions de gaz puis en essayant de les réduire. Le secteur de l'élevage porcin en est à l'heure des estimations. 2,69 kilo équivalent carbone. Telle est l'empreinte moyenne de la production d'un kilo de porc vif, à la sortie de l'élevage, selon Solène Lagadec, de l'Ifip. « Les calculs intègrent les émissions directes: activités biologique des animaux, déjections, consommation d'énergie, et indirectes: construction de bâtiments, fabrication et approvisionnement d'aliments ».
L'impact du soja
Le stockage des effluents génère un volume important de méthane (CH4). Les intrants aliments contribuent à une forte émission de protoxyde d'azote (N2O). « 90% des gaz liés à la production d'aliments sont liés à la culture (mise en place, fertilisation, traitements et récolte), 7% au transport et 1% à la transformation ». Le tourteau de soja a le plus gros impact en terme d'émission. « C'est surtout lié à la technique culturale et au transport. L'utilisation plus importante du tourteau de colza réduirait cet impact. Il y a du travail à faire sur la formulation ». Ces deux gaz n'ont pas le même pouvoir réchauffant (voir tableau). Le protoxyde d'azote est bien plus pénalisant que le méthane, traduits en équivalent carbone. « Les émissions de CO2 des animaux et de leurs effluents ne sont pas pris en compte. Elles font partie d'un cycle court en équilibre avec la photosynthèse des plantes ».
Paille ou lisier
Le système de production influe sur les émissions de gaz. « Le traitement biologique des effluents, en réduisant le temps de stockage, réduit le volume de méthane. Les systèmes avec de la paille produisent beaucoup de N2O, au fort pouvoir réchauffant. Plus que les systèmes 100% lisiers ». Les élevages alternatifs, sous production de labels ou bio, qui cumulent temps de présence des porcs élevé et utilisation de paille auront peut-être un handicap à surmonter. Des mesures complémentaires sont en cours. Compte tenu des imprécisions liées au système, l'empreinte carbone de la production est de 2,69 plus ou moins 0,40 kilo équivalent carbone. Des empreintes carbone seront prochainement établies pour différentes exploitations porcines types, afin d'affiner cette première évaluation.
Bernard Laurent
Photo : Le protoxyde d'azote, dégagé par la fabrication d'aliments, est un des gros contributeurs de gaz à effet de serre.