
Caler le prix de base du porc à 1,20 euro. Au moment où s’annonce de nouvelles hausses du prix de l’aliment, c’était un minimum acceptable pour les éleveurs et leurs représentants jeudi 23 septembre au cadran. Il a pourtant fallu se résoudre à un nouveau repli. « Cette décision d’accepter la baisse est prise à contrecœur. Mais je l’assume car le risque est trop grand », expliquait Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements. « Certaines entreprises d’abattage s’accommoderaient facilement d’une absence de cotations. Avec alors la certitude de prix différenciés entre abattoirs ». Les responsables ne perdent pas de vue qu’une absence répétée de cotations pourrait aussi menacer l’existence même du cadran. Personne ne veut prendre ce risque, car « casser le thermomètre, ne rendra pas la santé au marché ». Mais conduirait inévitablement à l’anarchie des prix payés aux éleveurs.
Eleveurs et responsables désarmés
L’épisode de jeudi est pourtant symptomatique d’un malaise. Au départ toutes les entreprises n’étaient pas en phase. Lors d’une réunion provoquée par les responsables de l’amont, trois d’entre-elles (Kermené, Cooperl, AIM) acceptaient le débat. Les autres ne répondaient même pas à l’invitation et campaient sur leur position : la baisse maximale de 5 centimes. Leurs arguments se limitaient à un rapprochement avec le prix allemand qui avait baissé de 4 centimes le vendredi de la semaine passée. Au final, tous les acheteurs se rangeaient derrière les moins disants et le marché se soldait par une baisse de 4,7 centimes.
Tous reconnaissent que le contexte est inédit. « Dans l’instant, on pourrait avoir 50 000 porcs de moins à vendre sur la région que nous ne les vendrions pas mieux », admettent les responsables. Ce qui évidemment est loin de rassurer les éleveurs au bord de l’asphyxie. « Depuis 30 ans, tous nos gains techniques ont été repris par l’aval, la transformation et la grande distribution », s’insurge un éleveur. Beaucoup craignent de ne plus être là demain. « J’espère voir janvier de l’année prochaine, mon horizon se limite là », crie un autre éleveur.
Paradoxe de cette situation, les responsables eux-mêmes semblent désarmés. « Chacun veut sauver sa peau. Les abattoirs connaissent aussi des difficultés », reconnaît Michel Bloc’h. Avec un certain sentiment d’impuissance par rapport à la fixation du prix, mais aussi face au désarroi des éleveurs qui n’en peuvent plus d’attendre.
Quant aux perspectives, le redressement des cours paraît peu probable pour les prochaines semaines. Toutes les places européennes ont de nouveau cédé du terrain, entre – 2 centimes et – 3 centimes, lors des dernières cotations.
Pierre Dénès
photo : Au MPB, les responsables ont dû justifier l’acceptation d’une cotation avec une forte baisse
Cotations du lundi suspendues
Dans l’immédiat pour tenter de faire obstacle aux baisses à répétition, les responsables du MPB ont décidé de suspendre la cotation du lundi. «Chaque cotation est l’occasion donnée aux acheteurs de demander une baisse », note Jean-Jacques Riou, le président du marché. La décision peut surprendre, car l’éventualité d’avoir plus de deux cotations par semaine a été évoquée dans l’évolution du MPB. Mais, dans le contexte actuel, les responsables veulent surtout éviter que le MPB, lieu de confrontation de l’offre et de la demande, ne devienne un lieu d’affrontement et une tribune syndicale permanente.