
Jean-yves Piriou, d’Ifremer, est trop timoré dans ses recommandations ! Pour ce scientifique, il faudrait diminuer les rejets d’azote agricole de 80 à 95 %. Pourquoi pas 100 % ? Quand on veut y aller, il faut aller jusqu’au bout…
Le fantasme de la pureté originelle
Il y a quelques années, une simulation menée sur le bassin versant de l'Horn montrait que le seul scénario qui permettrait de respecter les 50 mg à l'horizon 2015, était celui qui prévoit la généralisation des prairies permanentes fauchées (et exportées) sur l'ensemble de la SAU du bassin. C’est-à-dire un arrêt complet de l’agriculture.
Ce n’est donc pas une élimination quasi totale de l’élevage et de la fertilisation qu’il faudrait envisager sur le Porzay comme le prétend l’homme de science. C’est l’exode humain, la traque du dernier cochon, la « Mort aux vaches », qu’il faudrait organiser pour espérer qu’un jour coule une eau à la pureté originelle dans la Baie de Douarnenez. Autrement dit, c’est avec un rouleau de grillage que le scientifique aurait dû venir à Plonévez-Porzay.
Les annonces pour la mobilisation de la journée du 19 septembre prétendaient qu’il ne s’agissait pas de stigmatiser les agriculteurs, et avec eux toute l’activité économique qui va avec. Les faits montrent que si l’on voulait réellement le faire, on ne s’y prendrait pas autrement.
20 % d’apports azotés en moins
Les agriculteurs le reconnaissent : ils n’ont pas toujours été exemplaires en matière d’environnement. Par ignorance souvent, rarement par négligence. Mais, le mea culpa suffit. Depuis 15 ans, les programmes successifs et les incitations à changer les pratiques ont contribué à modifier l’approche agronomique des agriculteurs.
Avec des résultats chiffrés, comme le montre Cap Bretagne, le comité pour une agriculture positive : « Les agriculteurs de la Baie de Douarnenez ont créé 14 stations de traitement qui ont permis de résorber chaque année 400 tonnes d’azote ; le raisonnement de la fertilisation s’est traduit par une réduction des apports azotés sur les cultures d’environ 20 % depuis 10 ans ; sur la même période, la couverture hivernale des sols a progressé de 60 % ».
Bien qu’il faille entre 10 et 20 ans pour mesurer les répercussions des évolutions des pratiques agricoles sur la qualité de l’eau, une baisse significative des taux de nitrates a déjà été enregistrée dans les principaux cours d’eau. En 2009, la teneur moyenne en nitrates du Kerharo, le plus grand bassin versant de la baie de Douarnenez, était de 29 mg / litre, soit une baisse de 29 % en dix ans. Dans le même temps, on enregistrait une baisse de 18 % dans le Lapic et de 17 % dans Le Ris (sources CCPCP).
Un impact au-delà de l’agriculture
Depuis une dizaine d’années, le canton de Châteaulin a perdu plus de 20 % de ses effectifs animaux. Toute baisse supplémentaire de la production aurait de graves conséquences sur l’emploi. Avec 5 emplois induits pour un emploi dans la production, l’agriculture contribue pour une large part à cette possibilité de vivre économiquement au pays. En répétant les coups de boutoir, les Verts finiront-ils par décourager les jeunes qui s’en iront de plus en plus nombreux grossir les villes de l’Est breton ?
« En cristallisant le problème des algues vertes sur les agriculteurs », comme le dit Jean-Alain Divanac’h, agriculteur à l’origine du collectif, les écologistes portent sur les épaules une énorme responsabilité : celle de tarir tout un territoire de son dynamisme économique. À force d’appuyer sur le joug, mettre les voies express à sens unique pour éviter l’exode ne suffira plus à arrêter l’hémorragie, comme le disait récemment avec un humour empreint d’inquiétude un élu du Conseil général.
Didier Le Du
Photo : 4 personnes au m2 pour une fresque avec des lettres de 15 m : « Cela faisait au minimum 1 500 personnes venues montrer leur attachement à « vivre ici », calculent les responsables du collectif Bretagne Unie.