En attendant les avancées escomptées de l'étude des gènes (voir au dessus), la sélection classique, basée sur l'étude des performances, continue de progresser. L'hyperprolificité, résultat d'un travail de 20 à 30 ans, semble avoir atteint un plafond. Du moins tant que les truies ne seront pas capables d'élever la totalité de leurs porcelets. Un nouvel objectif apparaît dans les programmes de sélection: l'aptitude maternelle, ensemble des caractéristiques qui influencent la survie et la croissance des porcelets d'une truie. Elles dépendent à la fois des gènes de la mère, qui ont une importance sur le poids à la naissance, et de ceux du porcelet. La sélection collective française a revu, en 2010, l'importance des paramètres qui entrent dans le calcul des index des reproducteurs, pour répondre à ce nouvel objectif. « En lignée Large White femelle, le nombre de nés vifs n'est plus un paramètre pris en compte dans l'index global « Blup » de la truie. Il est remplacé par deux critères: le nombre de sevrés de la truie compte désormais pour 22% dans son index et le nombre de sevrés par la truie entre pour 15% », explique Isabelle Mérour, de l'Ifip. Toutes les races ne sont pas à la même enseigne. En race Landrace, le nombre de nés vifs entre toujours dans l'indexation, le nombre de sevrés par la truie fait son apparition.
22 tétines par truie
Le travail sur le nombre de tétines fonctionnelles donne des résultats probants. Les premières cochettes Tai Zumu, (mères des Youli et grand-mères des Youna, de Gene +), avec 22 tétines, entrent dans les cheptels de sélection, selon Michel Sourdioux, responsable génétique de la société. « Pourtant, aucun des porcs fondateurs de la lignée n'avaient ce nombre de tétines ». Plus de 10% d'entre elles ont déjà, au moins, 19 tétines fonctionnelles. Les truies de production offriront, prochainement, à n'en pas douter, quelques tétines de plus à leurs petits. Les spécialistes promettent aussi de travailler sur l'homogénéité des porcelets et sur leur poids moyen. L'aptitude maternelle est un caractère complexe à progrès génétique lent. De multiples interactions existent entre le poids à la naissance, le poids au sevrage, le taux de survie, la mortinatalité ou la croissance. Les progrès doivent être réalisés sans négliger les caractères économiques classiques. L'apport des nouvelles technologies permettra d'orienter la sélection vers de nouveaux critères assurant une cohérence d'ensemble que le « tout hyperprolificité » avait un peu troublée.
Bernard Laurent