
Nyse Liffe, premier marché des produits dérivés en Europe a annoncé la création d'un marché à terme de la poudre de lait écrémé le 18 octobre. Deux autres marchés devraient suivre au premier semestre 2011 sur le beurre et la poudre de lactosérum.
Pas de prix de référence
"Actuellement, aucun prix de référence de produit laitier n'existe en Europe, premier producteur mondial", explique Mathieu Pacton, d'ODA. L'évolution du marché laitier justifie une mise en place rapide de cette référence. En effet, la réforme de la PAC après 2015 entraînera moins de régulation avec la suppression des quotas, moins de soutien des prix avec la diminution de l'intervention et des aides directes, moins de protection aux frontières. Autant de raisons qui font que les marchés seront plus libéralisés, plus connectés au niveau mondial et que les prix seront plus volatils.
Le lait n'est pas une matière première banale. Une faible variation de la disponibilité engendre une forte volatilité du prix. "Les marchés sont connectés entre eux, les échanges ne représentent que 7 % de la production mondiale".
Visibilité à moyen terme
Sur ce premier marché à terme, la quantité de poudre de lait écrémé à livrer est importante (24 tonnes soit 250 000 l de lait frais) avec des échéances de livraison courtes. "Il intéressera surtout les industriels. Et en face, il faut des acheteurs. Les grands industriels doivent s'emparer de ce marché pour créer une fluidité entre offre et demande", estime Nicholas Kennedy, d'ODA.
"Même si le lait n'est pas directement côté, la valorisation des produits laitiers apportera de la visibilité sur le moyen terme". Marcel Denieul, de la Fnpl, se demande si "on peut comparer ce marché à terme de la poudre à celui des céréales, dans la mesure où l'on ne connaît pas l'état du stock". Il estime que "cet outil peut être efficace, s'il est transparent".
Sécuriser la marge
Pour Patrick Bousseau, de FIT (négociant), "Aujourd'hui, des industriels sont tentés de quitter le marché de la poudre à cause de prix fluctuants, pour utiliser des matières premières de substitution et conserver leur marge. Le marché à terme permet d'éviter cette réaction".
"C'est un outil peu coûteux pour lisser le revenu", estime Renaud de Kerpoisson, président d'ODA. "L'éleveur peut aussi l'utiliser pour sécuriser sa marge". Face à la complexité du fonctionnement, "la première démarche consiste à s'informer pour comprendre comment évoluent les cours à la hausse ou à la baisse", ajoute Cyril Aubrée, producteur en Ille-et-Vilaine.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite au Space : Marcel Denieul (FNPL), Cyril Aubrée (producteur en Ille et Vilaine), Patrick Bousseau (FIT), Renaud de Kerpoisson (ODA)
Les incidences de la volatilité
La volatilité du prix du lait existe déjà. Elle est de 9 % en France contre 26 % en Nouvelle-Zélande. Les enjeux sont importants pour l'éleveur et l'industriel. Pour un producteur de lait (300 000 L), une variation du prix de 10 % a une incidence de 9 000 euros sur le revenu et 22 500 euros pour une variation de 25 %. Pour un industriel qui achète 2 000 t de beurre par an à 2 500 euros/t, un variation de prix de 10 % représente 500 000 euros de charges supplémentaires et 1,25 million d'euros pour une variation de 25 %.