
Le syndicat mixte de la ria d'Etel organisait une journée d'information sur les flux d'azote, lundi dernier à Saint Hélène. Les taux de nitrates ont baissé après le pic des années 1990. Ils se maintiennent depuis à un taux moyen de 25 à 30 mg/litre, dans les cours d'eau bretons. Un niveau toujours trop élevé pour enrayer la prolifération d'algues vertes sur les côtes. Les pratiques culturales et agronomiques continuent pourtant de s'améliorer. Alors pourquoi la situation semble-t-elle figée ? « Le sol agit comme une éponge. Il a un pouvoir tampon énorme », indique Laurent Ruiz, chercheur à l'Inra Ouest. Les apports d'azote contenus dans les effluents se mélangent aux 10 à 20 tonnes d'azote déjà présents, par hectare, dans le sol, sous forme organique. « Cet azote se minéralise et se libère lentement. Le cycle, de la couche superficielle du sol à la rivière, en passant les couches plus profondes et la nappe phréatique, peut prendre plus d'une dizaine d'années ». Les variations de teneur dans les rivières, selon les prélèvements, dépendent plus de la climatologie et du cycle de l'eau dans le sol que des épandages de l'année.
L'héritage des années 1980
La majeure parie de l'azote lessivé provient, selon Laurent Ruiz, des années 1980. Les effluents d'élevage n'étaient pas rationnellement utilisés pour répondre aux besoins des plantes. « Les agriculteurs épandaient des engrais minéraux, puis les déjections, en surplus ». Aujourd'hui, le problème des excès d'épandages subsiste néanmoins. Il provient le plus souvent, selon lui, d'une surestimation des rendements attendus, d'une sous estimation des reliquats dans le sol, d'une couverture hivernale inefficace ou d'une mauvaise gestion des prairies et de leur destruction. « Les parcelles parkings sont de véritables points noirs en bassin versant. Elles reçoivent une bonne partie des déjections des laitières. La robotisation de la traite pourrait conduire au même problème, en limitant le pâturage à de faibles surfaces ».
Objectif: 10 mg/litre
Les changements de pratiques culturales sont indispensables pour abaisser de manière significative les taux de nitrates. Le chercheur est cependant catégorique. « En partant d'une situation à plus de 50 mg/litre, comme dans le cas des bassins versants en contentieux, il faudrait une dizaine d'années pour parvenir à moins de 20mg/litre, même en arrêtant tout apport ». Les premiers gains sont assez faciles à obtenir. L'atteinte d'un taux de 10 mg/litre est, par contre, un objectif difficile à atteindre. « On ne peut pas se contenter, comme jusqu'à présent, d'une amélioration des pratiques. Il faut modifier le modèle de production ».
Extensif ou... intensif ?
Sur le bassin en contentieux de la Lieue de Grève, dans les Côtes d'Armor, des solutions sont à l'étude. « Avec les agriculteurs », précise Laurent Ruiz. 80% d'entre eux sont éleveurs de bovins et 50% des surfaces étaient déjà en prairies. Une situation qui tend à démontrer que l'élevage hors-sol n'est pas seul responsable des nuisances. « Il s'agit d'inciter les éleveurs à diminuer les apports d'azote minéral et les concentrés. D'augmenter les cultures sous couverts, les céréales de printemps, les betteraves, la pratique du compostage et, d'une manière générale, de favoriser les système de production à base d'herbe quand la surface accessible est suffisante ». Exit les productions de taurillons ou de veaux de boucherie. La production par vache diminuera. Une réflexion est en cours pour augmenter les produits à forte valeur ajoutée pour une meilleure valorisation.
La tendance est donc à l'extensification sur ces bassins versants. Des solutions nouvelles, qui pourraient, plus tard, être appliquées sur une échelle plus importante? La tendance, partout ailleurs, est à la concentration des élevages et à l'intensification de la production. Jusqu'aux laitières, de plus en plus souvent élevées en hors sol. Un paradoxe. Le chercheur en convient. « Les petites exploitations sont plus pénalisées par les nouvelles contraintes. Les structures importantes s'adaptent mieux en raison de leurs moyens ». Équipées de stations de traitement, elles gèrent au mieux leurs effluents. La voie finale serait-elle la suivante: de l'extensif sur les bassins versants en contentieux; de l'intensif, partout ailleurs ?
Bernard Laurent
Photo : Sur le bassin en contentieux de la Lieue de Grève (ici Saint-Michel-en-Grève), 80 % des exploitations sont bovines et 50% des surfaces sont en prairies. Ce qui tend à démontrer que les élevages hors-sol ne sont pas seuls responsables des fuites de nitrates.