Jean Ollivro, géographe reconnu, indique qu’avec seulement 4% de la population bretonne, l’agriculture génère directement et indirectement plus de 30% de l’emploi breton ! Et cela, personne ne le conteste. Comment se fait-il que notre amont et notre aval, au sens large, ne sensibilisent pas plus leurs salariés, leurs familles… aux enjeux de l’agriculture et des agriculteurs, qui conditionnent leur propre avenir ? Car si déclin de l’agriculture bretonne il y a, la Bretagne ne s’en relèvera pas. Ce n’est pas l’économie résidentielle et les services qui y pallieront. Alors, quid des responsabilités ?
Bien sûr, Bruxelles, Paris ont leurs responsabilités. Mais n’avons-nous pas aussi notre part lorsque l’on constate le chemin pris par nos organisations économiques et professionnelles agricoles, créées par nos parents et grands-parents ? Aujourd’hui, elles dévoient peu à peu les valeurs des paysans. Elles n’ont plus que des visions à court terme servant, le plus souvent, la structure au détriment des paysans et de l’économie régionale.
Dans bon nombre de filières, les producteurs n’ont plus grand-chose à dire, considérés comme de simples livreurs, soumis à la culture du résultat de leur aval et souvent aussi au diktat des marchés financiers. C’est la politique du sauve-qui-peut, et l’omerta règne sur les relations nouées peu à peu, au fil des crises, entre les différents acteurs des filières.
Le système est perverti
Les coopératives ont pallié le manque de courage des banques pour assumer des risques financiers. La grande distribution a leurré ceux qui croyaient en une meilleure valeur ajoutée, en imposant des cahiers des charges qui se sont multipliés et ont fragilisé la première mise en marché. Des fonds non agricoles investissent dans des outils de transformation mais aussi et c’est nouveau, dans les entreprises agricoles ! Certains groupements porc bénéficieraient, de la part d’outils de transformation, de « marges arrière » leur permettant de ne pas augmenter les cotisations de leurs adhérents tout en développant de nouveaux services. Sans parler des conditions d’obligation d’approvisionnement qui ressemblent à s’y méprendre à de l’intégration !
Le système est perverti ! Les acteurs des filières se cristallisent sur les distorsions de concurrence, brandissant la menace de « l’ennemi allemand » : oui, ces combats sont à mener ensemble, au-delà de notre organisation de marché. Mais, ils ne pourront être gagnés qu’au sein de filières, où les relations financières avec l’amont et l’aval sont assainies, et qui travaillent dans l’intérêt du maillon production !
À la croisée des chemins
Il n’est pas trop tard ! Nous sommes à la croisée des chemins entre un asservissement des paysans et une reprise en main encore possible, par les producteurs, de l’organisation de leurs filières. Les pouvoirs publics doivent en faciliter sa réalisation. Chaque maillon doit jouer son rôle et prendre ses responsabilités. Notre Fédération appelle tous les paysans à se regrouper avec elle, pour renforcer la place et le pouvoir des producteurs ! Maîtriser collectivement la commercialisation de la première mise en marché de nos produits sera notre force !
Ce dont nous avons besoin est un véritable Plan Agricole et Agroalimentaire Régional breton qui place l’économie productive au centre des enjeux, quitte à ne pas être en phase avec les positions nationales, qu’elles viennent de l’Etat ou de nos propres organisations. »