
Le cours allemand, directeur en Europe, a fortement chuté, entraînant dans son sillage tous les autres marchés. Lundi, sans grande surprise à la veille de la grève, le cours s’est de nouveau replié de 0,7 centime. Cette tendance intervient alors que l’effet rentrée aurait pu laisser espérer de la fermeté sur les cours. D’autant plus difficile à accepter pour les éleveurs que le prix de l’aliment a fortement augmenté depuis le début juillet. De nouvelles hausses sont attendues pour les semaines à venir (voir encadré).
La crainte est aujourd’hui de voir le marché s’enfoncer de nouveau dans une spirale baissière. Plus que jamais, les acteurs se montrent inquiets, car non seulement le secteur de la production souffre, mais le secteur de l’abattage connaît aussi des difficultés. Montré du doigt, le secteur de la salaisonnerie surfe sur les distorsions de concurrence pour s’approvisionner à l’étranger, notamment en Allemagne et pèse sur la revalorisation des pièces.
Clarifier l’étiquetage
C’est ce contexte qui a entraîné la mobilisation des syndicalistes (FDSEA-Jeunes Agriculteurs). Ils ont mené plusieurs opérations de stickage dans les grandes surfaces de la région. « Notre objectif n’est pas de nous en prendre à la grande distribution, mais d’exiger une clarification de l’étiquetage en faisant notamment figurer le logo VPF (Viande Porcine Française). Il y a une tromperie du consommateur », explique François Valy, président de la section porcine de la FRSEA.
C’est aussi dans ce sens que le Comité Régional Porcin de Bretagne, et le SNIV-SNCP, (représentant des abatteurs-découpeurs), se sont associés pour adresser un courrier commun au ministre de l’Agriculture et au président de l’interprofession pour soutenir la démarche VPF et dénoncer la réglementation française actuelle sur la mention de l’origine des produits. Les mentions « Fabriqué en France » ou « Transformé en France » sur les produits de charcuterie-salaison permettent en effet d’acheter de la viande d’origine étrangère et d’en commercialiser les produits transformés sous l’appellation « France ». Les deux organisations menacent de stopper toute participation à l’interprofession si la Fédération de l’industrie de la charcuterie traiteur (FICT) n’adhère pas la démarche.
Situation très tendue à laquelle sera inévitablement confronté le ministre de l’agriculture, lors de l’inauguration du Space. Il sera à Rennes mardi, et est attendu de pied ferme lors de son passage dans le Hall 8 à la Maison du porc.
Pierre Dénès
et Bernard Laurent
Photo : Les éleveurs ont stické « Traçabilité – Achetez VPF » dans plusieurs rayons charcuterie de la grande distribution en Bretagne.
Prix de l'aliment : tendance toujours à la hausse
Selon, Xavier Tellier et Guénolé Després, de la Cobrena, « La situation reste tendue en blé de qualité. Peu de pays en ont à vendre. Or la demande augmente, notamment dans les pays du Nord de l'Afrique. La Bretagne s'approvisionnera en blé fourrager en provenance du Nord de l'Europe, à un prix qui excédera quand même les 200 euros la tonne. Même s'il y a des inconnues (prochaine récolte de maïs), les cours devraient, au mieux, se stabiliser. Le potentiel de hausse existe toujours. La Russie, qui a produit 30% de céréales en moins cette année en raison de la chaleur, pourrait enregistrer une baisse des surfaces semées pour la prochaine campagne. En protéines, la récolte de soja, qui s'annonçait record aux États-Unis, a peut-être été surestimée. Les maladies fongiques ont touché les cultures. Au Brésil c'est le manque d'eau qui a affecté la production. L'offre est donc incertaine. La demande, notamment chinoise, est bien présente. La tendance des cours n'est pas à la baisse pour les semaines prochaines ».
CRP : il manque 20 ct du Kilo
Selon le Comité régional porcin, il manque 20 ct/kg à la production. Les responsables réclament des décisions politiques sur l’affichage d’origine des produits pour valoriser VPF, la remise des stocks d’intervention de céréales sur le marché, l’activation des outils d’intervention à l’export, un délai pour la mise aux normes bien-être, la fin aux distorsions sociales et fiscales, l’allègement des contraintes administratives pour permettre la modernisation et la restructuration des élevages…
David, un jeune éleveur découragé
Chez les éleveurs, le découragement gagne. David, jeune éleveur Costarmoricain, ne cache pas son désarroi. « Je suis installé depuis 8 ans. Et je n’ai connu que deux années de cours corrects. J’en suis à espérer un plan de cessation ». Il ne voit pas le bout du tunnel : « On nous annonce des prix d’aliments à 240 euros/tonne et des cours en baisse ». Alors pas question pour lui d’envisager une mise aux normes bien-être dans ces conditions. « De toute façon, je n’ai pas la capacité financière. Les banques ne suivront pas ».