
Il y a un an, on en parlait beaucoup. Aujourd’hui, les doses génomiques sont dans les bonbonnes. L’Urcéo, qui propose 14 taureaux pour ce début de campagne, conseille toutefois de les utiliser avec prudence. Du moins ne « pas se focaliser sur 2-3 taureaux particuliers », comme le dit Raphaël Bonnault, responsable du développement commercial.
Derrière ces propos de prudence figure en fait la précision – ou l’imprécision – des index que l’on peut évaluer au travers du CD (coefficient de détermination). Le minimum « syndical » préconisé par France Génétique Elevage est un CD de 0,7 (ou 70). Ce qui correspond à la connaissance des performances de 40 filles dans le système de sélection sur descendance. « Sachant que, chez les taureaux qui sortent de testage avec un CD de 85 il y a encore beaucoup de yoyo chez les filles ».
Regarder le CD
Utiliser un taureau avec un CD de 50 signifie donc accepter un grand risque dans la transmission des caractères. « Si vous voulez + 300 kg de lait avec un taureau de CD 50, il faut choisir un taureau avec un index lait à + de 900 kg. Car un taureau de CD 50 à + 900 kg signifie une fourchette large de + 300 à + 1 500 kg de lait », cite R. Bonnault.
Avec un CD de 70, pour un gain espéré de 300 kg de lait, un index lait de + 760 est suffisant car la précision est alors de plus ou moins 500 kg (de 300 à 1 260 kg). Enfin, si le taureau affiche un CD de 95, + 480 kg en lait suffit à garantir + 300 kg de lait de potentiel génétique par la voie mâle.
Sur les index fonctionnels, le raisonnement à tenir est différent. Car si le testage donnait une précision de 50, en génomique, le CD est actuellement de 70.
Les avancées en génomique étant spectaculairement rapides, il faut cependant s’attendre à un gain de précision dans les mois et années à venir. Ainsi, s’il y a un an, on regardait 30 à 40 zones pour déterminer un caractère, aujourd’hui l’observation de 700 zones est réalisée pour évaluer ce même caractère.
Parallèlement, la population de taureaux souche est passée de 2 500 à 16 000 grâce à EuroGenomics, cet accord de coopération européenne qui a permis la mise en commun d’une large population de référence en race Prim’Holstein. La fiabilité des données n’en est que renforcée.
À noter encore, qu’en accordant moins de poids aux performances des ascendants, les sélectionneurs ouvrent l’éventail des souches potentielles pour la création génétique.
De nouvelles voies de sélection
La génomique permet aussi d’élargir et d’accélérer la sélection de nouveaux caractères. On connaît, par exemple, le facteur rouge qui intéresse une frange d’éleveurs. Le facteur sans cornes est un autre caractère qui intéressera numériquement plus d’éleveurs. Premièrement parce que l’écornage est majoritairement perçu comme une véritable corvée. Deuxièmement parce que la réglementation européenne sur le bien-être se durcit.
En théorie, l’utilisation d’un taureau acère (sans cornes) se traduit par la naissance de 50 % de veaux sans cornes et 50 % avec cornes. En deuxième génération, 75 % des veaux naissent sans cornes si l’on utilise un taureau sans cornes. Sachant que les éleveurs peuvent aussi avoir des vaches porteuses du gène, ce qui accélère le processus.
Il existe aussi des variantes du gène sans cornes : Les bovins présentant des cornillons, également nommés scurs. Il s’agit de bovins dont les cornes molles ne sont pas rattachées à la boîte crânienne. Le gène cornillons est dominant chez le taureau et il est alors très facile d'identifier les mâles porteurs puisqu'ils présenteront automatiquement des cornillons. En revanche, il est récessif chez la femelle, ce qui rend l’opération de repérage plus difficile.
Didier Le Du
Photo : Deux génisses : l’une est née sans cornes, l’autre écornée. Laquelle est née sans cornes ?
(La génisse de gauche. Les connaisseurs la repèrent d’après la physionomie de la tête plus large et plus arrondie)
Une gamme pour chaque éleveur
Parmi les 14 taureaux génomiques proposés par Créavia figurent les deux premiers français : Dunhill et Electorat, respectivement fils et petit-fils de Bolton, et tous deux à 196 d’Isu. La coopérative indique aussi la présence au catalogue génomique de 3 fils de Lawn Boy, porteur du gène sans cornes et du facteur rouge. La coopérative d’insémination propose également à ses adhérents de préciser l’orientation de leur élevage. Le choix entre quatre profils (équilibre, efficacité, durabilité, performance) doit entre autres « aider les éleveurs à choisir une gamme de taureaux dans un éventail qui s’annonce de plus en plus large ». À terme, ce programme devrait aussi peser sur les orientations du schéma de sélection de Créavia.