
Va-t-on assister à la naissance d’une intersyndicale agricole finistérienne, voire bretonne sachant que la rencontre du 26 août, à Quimper, a créé un précédent pour les autres départements bretons. Rien d’acquis dans ce projet qui serait bien reçu par les syndicats minoritaires. Pour autant, un point commun relie FDSEA, UDSEA, Coordination Rurale et le collectif Apli : revendiquer un meilleur prix du lait auprès des laiteries. Autrement dit, l’intérêt du producteur s’avance comme le (fragile) trait d’union entre des courants de pensée plus habitués à croiser le fer qu’à nouer des pactes.
À l’origine de cette rencontre intersyndicale jusqu’ici inédite dans le département : l’accord sur le prix du lait du 18 août signé par la FNPL. Un accord dénoncé quelques jours plus tard par la FDSEA du Finistère qui, selon ses termes, « rejette les éléments de l’accord qui ne donnent pas de perspectives durables aux producteurs ». Une singularité finistérienne souvent rencontrée à l’égard de la FNSEA. Tant et si bien que les syndicats d’opposition et l’Apli qui venaient demander des comptes aux responsables de la FDSEA se sont retrouvés face à une certaine convergence de vue. Du moins un rejet unanime de l’accord conclu entre la FNPL et les industriels.
UDSEA : « Revendiquer aux laiteries un meilleur prix »
Pour Vincent Pennober, président de l’UDSEA, cette « première rencontre est déjà positive en tant que telle ». Et « d’oser croire qu’une certaine démocratie s’installe. On peut en effet espérer qu’il y aura un débat ensemble avec ce point partagé : revendiquer aux laiteries un meilleur prix ».
« Il faut maintenant établir un texte commun minimum pour aller au-devant des laiteries, tout en acceptant de mettre de côté nos divergences », espère le leader de l’UDSEA qui, le 18 août était à Paris pour « dénoncer une interprofession partielle puisque seule la FNSEA est représentée ». Et d’insister : « Mais aujourd’hui, ce qui compte, ce ne sont pas nos guéguerres mais le prix payé aux producteurs ».
Coordination Rurale : « Un double langage »
De son côté, Jean-Michel Favennec, Coordination Rurale, se félicite qu’une telle rencontre ait pu avoir lieu. Non sans s’interroger sur la « position des responsables FDSEA 29 qui dénoncent l'accord sans vraiment être contre ». Et d’estimer que « le point principal de désaccord avec leurs dirigeants nationaux porte sur la proposition finistérienne d'une mutualisation de la sous-réalisation au niveau national qui n'a pas été retenue ».
La Coordination reproche également à la FDSEA du Finistère « d’avoir participé à mettre en place le fameux tunnel de 8 euros avec le prix allemand, dès janvier 2011 ». Et d’estimer que la Fédération est « prise à son propre jeu. Et c’est pourquoi elle gesticule aujourd'hui pour éviter demain les foudres des producteurs de lait finistériens qui réaliseront la trahison de la FNSEA. Cet accord obligera en effet les producteurs à être contractualisés et à produire pour un double quota avec un double prix, tout en les forçant à se livrer à une guerre fratricide contre leurs collègues allemands et européens au plus grand bénéfice des industriels coopératifs et privés. C'est pourquoi, la Coordination Rurale du Finistère ne croit pas à une rupture, mais hélas, une fois de plus à un double langage ».
FDSEA : « Le souci commun du producteur »
À la FDSEA, Thierry Merret, le président, reconnaît que trop souvent « les instances nationales, quelles qu’elles soient, ne prennent pas toujours la mesure des décisions pour la Bretagne ». Et s’il retire comme « point positif, ce souci commun du producteur, mis en exergue lors de la rencontre du 26 août », le président de la Fédération entend d’abord collecter les avis des adhérents sur la question laitière avant toute initiative. « Quatre réunions d’arrondissement sont programmées les 6 et 8 septembre. Notre fonctionnement fédéral fait que la FDSEA exprime la position de ses mandants ».
À l’issue de cette consultation, le syndicat majoritaire devrait donc ficeler définitivement son analyse sur l’accord du 18 août. Et si T. Merret se dit « ouvert aux syndicats représentatifs », l’heure ne semble pas encore à l’intersyndicale. Encore moins à se soumettre aux tours de force de l’Apli qui avait appelé à manifester le 26 août alors qu’il s’agissait d’une « rencontre de travail ».
Didier Le Du
Photo : Le prix du lait sortie du tank pour les mois et années à venir est bien la préoccupation commune des différents syndicats.