
Si les cours du blé n’ont pas encore atteint les sommets de la campagne 2007/2008, l’été 2010 restera dans les mémoires des opérateurs du marché des grains pour sa forte volatilité. Le recul de la récolte mondiale de blé, notamment en Europe de l’Est, a fait flamber les cours des céréales. La sécheresse en Russie en est la principale responsable, mais d’autres éléments ont amplifié la tendance : les spéculateurs de la finance sont de retour sur les marchés agricoles.
Sécheresse dans l’Est européen
Dépassant les 220 euros la tonne rendue Rouen en août, le marché français du blé a affiché une très grande volatilité cet été. Proches des 130 euros/t à la fin du mois de juin, les cours se sont emballés avec les premières craintes concernant les récoltes européennes à venir compte tenu de températures élevées pour la saison. Entre le 30 juin et le 7 juillet, ils progressent de 20 euros/t, pour atteindre des niveaux proches de 150 euros/t. La canicule en Russie et dans l’est de l’Europe, faisant suite à une vague de sécheresse depuis avril, prend le relais. Les températures sont telles, que le gouvernement russe décrète l’état d’urgence dans plusieurs régions. Le 12 août, le président russe, Dmitri Medvedev, annonce qu’un quart des surfaces sont perdues. Le 15 août, les exportations russes sont suspendues jusqu’à la fin de l’année, enflammant le marché mondial, le pays étant l’un des principaux exportateurs de blé. A ce jour, près de 848 millions d’euros de pertes pour le secteur agricole russe auraient été entraînés par la sécheresse, selon le vice-ministre russe de l’Agriculture, Alexandre Petrikov. Au 25 août, la récolte de céréales russe, toujours en cours, ne s’établirait plus qu’à 41,5 Mt, soit un recul de 31,4 % par rapport à 2009, selon le ministère de l’Agriculture russe. L’Ukraine et le Kazakhstan devraient également afficher des productions en baisse. La première envisage d’ailleurs de limiter ses exportations cette année.
50 000 transactions contre 10 000 habituellement
Même si les fondamentaux du marché du blé sont favorables à de hauts niveaux de prix, ils ne peuvent suffire à expliquer leur extrême fermeté. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le poids des spéculateurs extérieurs au marché traditionnel sur Euronext. S’il est difficile de quantifier l’activité de ces opérateurs ponctuels (la transparence sur la nature des intervenants n’existant pas sur le marché à terme européen, contrairement au Chicago Board Of Trade), les volumes d’affaires traitées cet été font apparaître une très forte activité sur la place électronique, que l’on ne peut attribuer aux professionnels de la filière des grains. Habituellement, 5 000 à 10 000 lots maximum s’y traitent quotidiennement. Or, des pics de fréquentation ont été observés, atteignant près de 50 000 transactions pour l’échéance novembre en août. « Un niveau de position que les opérateurs du marché physique ne peuvent prendre », assure Bernard Valluis, président délégué de l’Association nationale de la meunerie française. Celui-ci estime que le cours du blé tendre devrait se situer entre 160 euros et 180 euros la tonne pour des livraisons en novembre rendues Rouen.
Photo : Les bourses de matières premières enregistrent un nombre croissant de transactions en provenance d’opérateurs ponctuels hors circuits traditionnels du marché physique.
Les autres grandes cultures n’échappent pas au mouvement de fermeté
Tirée par le blé tendre, l’orge fourragère a également affiché une fermeté importante cet été. Le retrait des récoltes de l’Est et notamment de l’Ukraine a dopé la demande internationale, qui a bien profité à la France, dont les récoltes ont en plus marqué un recul de 21% par rapport à 2009, à 10,2 Mt (Agreste). Le blé dur a aussi fortement progressé dans le sillage direct du blé tendre. Pour autant, la production, à 2,5 Mt (Agreste) progresse de 17%. En colza enfin, les prix sont très fermes compte tenu d’une récolte française en net recul, à 4,5 Mt, contre 5,6 Mt en 2009, et d’une
consommation européenne attendue en progression.