
Le contexte international porcin évolue vite avec des restructurations d’élevages et industrielles très avancées. On observe ainsi la montée en puissance d’un grand bassin de production et d’exportation au nord de l’Europe, autour de l’Allemagne. La France, troisième producteur européen, est en perte de vitesse. Sa production régresse depuis dix ans. Son parc bâtiment vieillit. La réglementation environnementale et la mise aux normes bien-être limitent les investissements productifs nécessaires à la rentabilité des élevages, affaiblis par trois années difficiles.
Dans ce contexte, comment s'adapter aux exigences règlementaires tout en restant compétitif face aux autres bassins de production et cohérents en terme d'organisation du travail ? Plusieurs pistes se dessinent déjà à l'échelle de la région.
Des exploitations plus autonomes
La première vise à maintenir un lien fort avec le sol afin de garantir une autonomie pour l'épandage des déjections et l'alimentation des porcs.
Aujourd'hui, les élevages naisseurs-engraisseurs (NE) engagés dans la fabrication d'aliment à la ferme (FAF) disposent de près de 80 ha de SAU (1,6 fois la moyenne.) Plusieurs possibilités cohabitent, du simple silo couloir en maïs humide à la grande fabrique automatisée. En moyenne, les performances techniques des fafeurs sont légèrement en retrait. Leur force réside dans le faible prix de l'aliment, et donc un coût de revient bas. Cependant, la FAF reste un investissement à long terme, dont l’intérêt doit être étudié en cernant les incidences liées au montant de l’investissement, aux besoins en main-d’œuvre et trésorerie.
Avec une surface de 0,5 ha par truie, ces exploitations sont plus autonomes en matière d'épandage. Leur coût de revient n'est pas grevé par des coûts environnementaux.
D'une manière générale, ces élevages, de dimension plutôt familiale, résistent bien en période de crise.
Des économies d’échelle
Le second schéma d'élevage mise sur une productivité élevée du travail et des économies d'échelle dans de grandes structures de naissage et d’engraissement.
Aujourd'hui, dans les élevages de plus de 300 truies, un UTH dispose en moyenne de 100 truies (10% de plus que la moyenne). Le niveau technique est élevé.
Les producteurs sont souvent contraints d'engraisser une partie des porcs sur d’autres sites, voire à façon, ce qui tend à renchérir le coût de revient. Par contre, l’organisation du travail peut être facilitée par le rapatriement de la totalité des truies sur le site principal. En outre, la taille de ces ateliers présente des intérêts notables en termes d'organisation du travail et de disponibilité du chef d'exploitation.
Dans les structures les plus avancées, les bâtiments et équipements sont coûteux car sophistiqués pour optimiser les performances et traiter les effluents d'élevage. Le niveau de capitalisation est lourd. Ainsi, la forme juridique de ces structures doit répondre, non seulement aux choix d’organisation et de gestion de l’exploitation, mais aussi à une stratégie de gestion du patrimoine et de transmission.
L’attrait du naissage collectif
Enfin, les maternités collectives attirent de plus en plus de naisseurs engraisseurs. Externaliser le naissage présente plusieurs avantages à plus ou moins long terme :
• pérenniser un approvisionnement en porcelets de qualité,
• améliorer l’efficacité économique du naissage (main d’œuvre spécialisée, économies d’échelle),
• éviter des investissements individuels lourds (bâtiments, traitement du lisier),
• pallier le manque de main-d'œuvre sur l’exploitation,
• changer ses habitudes de travail,
• accroître ses capacités d'engraissement en transformant ses places de truies,
• faciliter la transmission de son outil.
Aujourd'hui, les maternités collectives suivies par le CER France Bretagne comptent 560 truies pour près de 3 UTH essentiellement salariés, soit plus de 180 truies par UTH. Leurs performances techniques* se situent à un meilleur niveau qu'en naissage classique (8 kg) avec 27 porcelets par truie. Le coût de production, 40 euros en moyenne pour le porcelet de 8 kg, est impacté par le coût de la main-d'œuvre salariée et des investissements souvent récents. Par contre, l'ex élevage NE n'a plus à gérer un coûteux excédent de porcelets (engraissement à façon, élevage multisite). Ainsi, l'analyse de la rentabilité du système ne doit pas se limiter à l'observation du coût de production du porcelet. C'est l'ensemble du système naissage et engraissement associé qu'il faut prendre en compte.
Geneviève De Lansalut
CER FRANCE Ille-et-Vilaine
* Résultats 2008
Photo : Recherche d’autonomie et maîtrise des coûts guident les choix des éleveurs bretons pour maintenir leur compétitivité.