Nicolas Sarkozy a repris le 27 août dans les Alpes-de-Haute-Provence sa tournée des campagnes en crise pour réaffirmer son soutien au secteur « stratégique » de l'agriculture et tenter de reconquérir, dans la perspective de 2012, les suffrages du monde rural. Après les céréaliers d'Ile-de-France, le 6 avril, ou les producteurs de fruits du Sud-Ouest le 21 mai, le chef de l'Etat a décidé de consacrer cette étape à l'élevage ovin et au « développement de l'élevage de montagne ». Au programme : une visite d'exploitation bio dans le village de Noyers-sur- Jabron avant une table ronde sur les problèmes de la filière. Avec six visites exclusivement consacrées aux agriculteurs depuis le début de l'année en comptant les voeux à la France rurale et le Salon de l'agriculture en mars, Nicolas Sarkozy a fait depuis quelques mois de ce secteur l'une de ses priorités absolues.
Un secteur « prioritaire »
A chaque sortie agricole, le président répète aux agriculteurs qu'il ne les « laissera pas tomber », « qu'il ne veut pas laisser mourir l'agriculture française » car « c'est un secteur prioritaire de l'économie française ». Il se dit également prêt à provoquer « une crise » pour sauver la politique agricole commune dans le contexte de sa renégociation. Et concrètement, il a multiplié les gestes pour tenter de soulager un secteur qui traverse sa plus grave crise depuis trente ans. Il a annoncé fin 2009 un plan de soutien pour le secteur, assis sur des prêts bonifiés d'une valeur de près de 2 milliards d'euros. Il a imposé, le 17 mai, des accords de modération de marge sur les prix des fruits et légumes à la grande distribution dans le cadre de ce que l'Elysée a présenté comme la « semaine dédiée aux enjeux agricoles » du président.
Une manque de confiance
Mais ces annonces et l'offensive de charme qui les accompagne n'ont pas toujours convaincu les agriculteurs. « Les producteurs ont compris qu'il ne fallait pas trop se fier à ce genre de discours », note le président de la Coordination rurale, François Lucas. « Ce n'est que de la gesticulation », renchérit le porte-parole de la Confédération paysanne, Philippe Colin. Au-delà du difficile contexte agricole, certains pointent du doigt un problème de confiance. en février, le patron de la FNSEA Jean-Michel Le Métayer avait même évoqué les « difficultés » de Nicolas Sarkozy avec la campagne. Sur le même thème, la gauche ne voit que de la « politique politicienne » dans l'empressement agricole du chef de l'Etat.
La gauche aussi
Mais le Parti socialiste, lui aussi, place depuis peu les sujets agricoles au premier plan. Il a fait de l'agriculture le premier thème d'une longue série de « forums des idées » censés préparer le projet du PS pour 2012. Ce sujet était jusqu'ici jugé non-prioritaire pour la gauche. « L'agriculture concentre tous les problèmes que pose l'économie libérale », avait même résumé la première secrétaire, Martine Aubry, le 14 juin lors de ce premier « forum des idées ». L'agriculture est devenu un sujet politiquement à la mode et d'importance depuis quelques mois. Bruno Le Maire en poste depuis un peu plus d'un an. « Il a encore bonne presse chez les agriculteurs », constatait un syndicaliste de la Confédération Paysanne. Ce qui pourrait faire réfléchir le président alors que certaines sources citent Bruno Le Maire comme « premier ministrable » lors du prochain remaniement. Un ministre de l'Agriculture qui réussit à ne pas faire l'unanimité contre lui dans un contexte de crise agricole sans précédent, ce n'est pas si courant.
L’agriculture au G20
Nicolas Sarkozy a réaffirmé, lors de la 18e conférence des ambassadeurs le 25 août, que le « chantier de la volatilité des prix des matières premières, dont témoigne en ce moment même la hausse brutale des cours du blé » doit être ouvert dans le cadre de la présidence française du G20 qui débute le 12 novembre. Il évoque pour les matières premières agricoles plusieurs pistes à explorer « sans a priori » : « La transparence des marchés, les politiques de stockage, mais aussi la création d'outils assurantiels pour permettre aux pays importateurs de se couvrir contre la volatilité des cours ».