
Globalement, les rendements s'avèrent moins mauvais, qu'on aurait pu l'imaginer début juin. C'est la première bonne surprise. La seconde vient de la tendance à la hausse enregistrée par les marchés.
Orge
Les prix bas de 2009 ont engendré une baisse des surfaces, d'environ 15 % pour 2010. "Au niveau des rendements, on peut également évaluer à 10 % la chute enregistrée, si bien que la collecte est en baisse de 25 % par rapport à 2009 (autour de 63-64 q/ha contre 69 q/ha l'an passé)", souligne Philippe André, président de la section céréales de Coopagri. Le PMG a été correct, compte tenu de la capacité de compensation de la plante en fin de cycle. "Le PS est supérieur à 66, montant parfois jusqu'à 72, avec une bonne qualité du grain liée aux conditions satisfaisantes de récolte. On s'attendait à pire".
Risque de fléchissement
Le prix de marché a fortement progressé, passant début août de 138 à 230 euros/t rendu Rouen, en quelques jours. "Actuellement, il est sur une tendance de 195 euros rendu Pontivy", explique Michel Le Friant, responsable de la section céréales. "Il est trop tôt pour connaître son évolution car l'Europe détient un stock d'intervention de 5 millions de t. d’orge dont 1 million de t. en France. La décision pourrait être prise en septembre de remettre partiellement ce stock sur le marché, ce qui fera fléchir les prix".
"Dans un marché qui bouge, l'acompte a été fixé, prudemment à 110 euros/t. Des versements complémentaires pourront être réalisés en cours de campagne, en fonction de l'évolution du marché". Elle dépendra du comportement des acheteurs, comme Le Magreb, l'Arabie Saoudite et de notre compétitivité par rapport aux pays tiers. Les fabricants d'aliment du bétail sont dans l'attente et surveillent l'écart de prix entre orge et blé.
Blé
En ce début de semaine, 90 % de la récolte est rentrée, surtout au sud d'une ligne Quimper-Dol. "C'est moins mauvais que prévu. La baisse de rendement serait toutefois entre 10 et 15 %, avec de bonnes surprises en Ille et Vilaine", estime Michel Le Friant. Dans ce département, le rendement moyen serait de 72-75q/ha, mais avec des variations du simple au double en fonction de la date de semis et de l'efficacité de l'apport azoté. Dans le Morbihan, la baisse de rendement serait de l'ordre de 8 à 10 %.
Dans les parcelles non récoltées, certaines ont un bon potentiel, d'autres semées tardivement ont eu de mauvaises levées, un mauvais tallage et une moindre efficacité de l'azote. "Cette triple sanction peut occasionner des baisses de rendements de 15 à 20 q/ha entre semis normaux et tardifs".
Bonne qualité
La qualité est bonne avec un PS proche de 78 (parfois 82-83), grâce à la très faible présence de maladies. Le taux de protéines est proche de 11 % avec une hétérogénéité liée au rendement (de 10 % en bon rendement à 12 % en rendement plus faible).
"L'objectif est maintenant de rentrer au plus vite, ce qui est encore sur pied", déclare Philippe André. "Pour limiter les freins à la récolte, nous avons mis en place une mesure incitative sous la forme d'un abattement des frais de séchage de 2,50 euros/t. Nous ne facturerons pas de frais de séchage jusqu'à un taux d'humidité de 16,5 %. En parallèle, nous mobilisons tous les séchoirs de Caliance en les spécialisant par produits".
Un marché secoué
Le marché du blé a été très secoué, montant jusqu'à 236 euros/t. (Euronext). La baisse du stock de report mondial, les difficultés rencontrées en Russie et la décision de plusieurs pays dont la Russie, l'Ukraine, le Kazagstan de ne plus exporter expliquent cette flambée.
La cotation rendu Pontivy est actuellement autour de 205-210 euros/t. Les fabricants bretons sont peu acheteurs et l'exportation est plus valorisante. "Les blés fourragers anglais, non exportables pour l'alimentation humaine, deviennent concurrents des blés bretons. Acheminés par caboteurs, leur prix oscille autour de 210 euros rendu Pontivy", ajoute Michel Le Friant.
Une volatilité néfaste
"Dans un contexte de parité monétaire favorable, le blé européen est actuellement compétitif sur les destinations Magreb-Egypte-Moyen Orient, non approvisionnées par les pays de l'Est. L'avenir dépendra de l'évolution de la croissance de la consommation". Il faut garder un œil sur les blés anglais et sur les matières premières concurrentes comme le maïs importé, voire le sorgho. "Dans ce contexte, l'acompte a été fixé de manière prudente (125 euros/t) avec trois autres rendez-vous prévus en cours de campagne pour décider du versement de compléments de prix possibles : fin septembre, décembre et mai. En effet, le blé n'est valorisé que quand il est réellement vendu aux fournisseurs qui étalent leurs achats mois par mois", souligne Philippe André.
"Si à court terme, la volatilité peut paraître intéressante, à long terme, elle n'est pas bonne pour la consommation, ni pour aucun partenaire de la filière. C'est surtout son amplitude qui est néfaste". D'autant plus que les financiers s'en mêlent, ce qui est malsain. "L'Union européenne a démantelé les outils de régulation dont le marché a besoin pour s'ajuster. Il faut des outils de régulation, dont la forme reste à réinventer puisque l'intervention est terminée".
Patrick Bégos
Photo : Les rendements de blé sont inférieurs à ceux de 2009, notamment dans les parcelles semées tardivement qui ont été pénalisées par une mauvaise levée, un tallage faible et une moindre efficacité des apports d'azote.
Récolte bien engagée pour le triticale
Les surfaces de triticale ont baissé en Bretagne. La récolte est bien engagée (85 à 90 % de la collecte). Comme pour le blé, les rendements sont également en baisse, avec un PS très correct de 74. Il n'y a pas, actuellement, de problème de germination, principal souci de cette espèce.
Faible prévision en maïs
Les prévisions d'évolution du stock de maïs sont en baisse en Europe (moins de 4 millions de t.en octobre 2011 contre 6 en 2006). Les prévisions américaines sont plus optimistes mais leur consommation est en croissance. "En Bretagne, la situation des maïs est assez catastrophique dans le sud. Il y aura des transferts de maïs grain vers l'ensilage. Au mieux notre collecte atteindra 50 à 60 % de celle de 2009, qui était une bonne année", déclare Michel Le Friant. Les pluies récentes peuvent avoir un effet positif localement. L'avenir dépendra surtout de la capacité des fabricants à importer du maïs non-Ogm, provenant essentiellement du Brésil, ainsi que de la parité monétaire.