
Trois août 2010. Temps sec et ensoleillé sur Nostang. La visite de l'élevage par des représentants de la FDSEA et une poignée de journalistes s'achève. Elle a duré plus d'une heure et demie. Peu de mouches aux abords des bâtiments. Guère plus à l'intérieur. Pas plus, en tous cas, que dans la majorité des élevages, à cette période de l'année. Quelle mouche a donc piqué les riverains pour, qu'exaspérés par les insectes, ils en viennent à solliciter les autorités préfectorales ? Et pour que celles-ci réagissent en donnant, le 24 juillet dernier, deux semaines aux époux Le Labousse, les éleveurs concernés, pour faire valoir de nouveaux arguments susceptibles d'éviter la fermeture immédiate de l'exploitation? Retour sur une affaire qui secoue le village de Nostang, au bord de la ria d'Etel.
Odile et Alain Le Labousse ont repris l'élevage de 48 000 pondeuses en 2001. En 2004, ils obtiennent un accord préfectoral pour rénover les bâtiments. Les riverains, distants de 200 mètres de l'élevage, propriétaires de chevaux et de petits animaux, se regroupent en association et attaquent le projet au Tribunal administratif, au prétexte que l'élevage est responsable de la prolifération de mouches dans le secteur. « L’accord bancaire et préfectoral a été obtenu, seul le dépôt de plainte par le voisinage a stoppé le projet. On ne peut demander à un élevage de lutter contre un problème en l’empêchant de mettre toutes les solutions en œuvre pour y parvenir », s'insurge Laurent Kerlir, président de la FRSEA.
Un rapport jugé « léger »
L'association ne relâche pas la pression. Les nombreuses plaintes ont débouché, en 2009, sur une fermeture administrative provisoire de l'élevage, de neuf mois. « Sans compensation financière ». Le Comité départemental des risques sanitaires et techniques (Coderst) autorise, en août 2009, la mise en place d’un dernier lot de pondeuses, jusqu’à fin 2010. Pour répondre à la demande de l’administration, l’élevage s’est rapproché d’un prestataire spécialisé, l’APA, afin de mettre en place une procédure de maîtrise des nuisances. Une nouvelle plainte a été déposée en avril de cette année. « Le protocole de désinsectisation a été évalué par les services vétérinaires », poursuit l'éleveur. Deux visites, au mois de mai, des services de l'État, ont conclu au bon suivi du protocole et à l'absence d'œufs, de larves et de pupes dans l'élevage et notamment dans les fosses. Le 11 juin, un délégué de l'agence régionale de la santé (ARS) visite l'élevage. Son rapport est accablant pour les éleveurs. « Un rapport qui n'a rien de scientifique. Le délégué nous a assuré que les mouches incriminées par les riverains provenaient bien de l'élevage. Pour la raison que les maisons sont situées au sud des bâtiments ». Suite à ce rapport, le Coders, réuni à la fin juin, a exigé des éleveurs qu'un nouveau protocole de traitement soit mis en place, jusqu'à la fin de la bande. « Un larvicide et un adulticide étaient déjà utilisées toutes les six semaines. Le nouveau protocole prévoit l'utilisation d'un adulticide entre les deux périodes et le badigeonnage d'une autre molécule sur les mangeoires. Le tout, suivi par un vétérinaire indépendant. Avec un raclage des déjections tous les deux jours au lieu de tous les trois jours ».
La coupe est pleine. La FDSEA est montée au créneau. « Nous n’acceptons pas le projet d’arrêté de fermeture de cet élevage, qui entrainerait le dépôt de bilan de cette exploitation ». Les éleveurs ont un projet de développement qui prévoit le passage à 80 000 poules, dès janvier 2011, en optimisant les bâtiments existants, avec une mise aux normes bien être. Les voisins risquent de reprendre la mouche.
Bernard Laurent
Photo : Laurent Kerlir (à gauche), président de la FRSEA, et les époux Le Labousse, devant l'élevage, situé à 2 kilomètres du bourg de Nostang.