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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°10971 |
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Lait / Les éleveurs s'impatientent - Un conflit inquiétant
 

Pour la FNIL, maintenir un décalage significatif entre les prix français et allemand conduirait à dégrader la balance commerciale et "cela aura des conséquences dévastatrices pour toute la filière". Jeudi 5 août, les sections laitières de la FRSEA Ouest et des JA Ouest étaient réunis à Rennes pour faire écho à leurs fédérations nationales qui s'exprimaient la veille à Paris.
 Ils ont présenté leur situation face aux industriels qui souhaitent imposer un prix du lait aligné sur l'Allemagne. Ils estiment qu'il faut "comparer ce qui est comparable, car la filière française s'est organisée dans une logique de qualité contrairement au voisin allemand axé sur les volumes". Pascal Clément, président de la filière lait de la FRSEA Ouest insiste : "En France, nous produisons un lait de qualité. Cela implique plus de contraintes et donc plus de charges. Il faut que cet effort soit reconnu financièrement. Les transformateurs ne pourront avoir le beurre, l'argent du beurre et la peau des agriculteurs !".
Il poursuit : " les producteurs allemands sont mieux rémunérés avec un prix du lait plus faible". Les distorsions concernent aussi la fiscalité : "rien que sur la TVA, l'exploitation laitière moyenne gagne 4 000 euros de plus en Allemagne " illustre Marcel Denieul, de la FRSEA. Les pouvoirs publics refusent de modifier les contraintes françaises et les producteurs se concentrent sur le nœud du problème : la valeur accordée à leur production.


Pour un lait à 330 euros / 1 000 l en juillet


Etienne Fourmont, responsable de la section lait des JA Ouest, renchérit : « Les 20 ou 30 centimes que nous réclamons, nous en avons besoin. Pour les jeunes installés, la situation est intenable. Les transformateurs nous poignardent en ne répercutant pas l'embellie des marchés ». Laurent Kerlir, président de la FRSEA de Bretagne confirme : " il y a un an, nous avons accepté des prix bas, mais aujourd'hui, nous irons chercher l'argent que les entreprises nous doivent".
Industriels et producteurs sont d'accord sur un point : les négociations sont dans "une situation de blocage". La FNIL le déplore et déclare que cette impasse "n'est pas de son fait". Les industriels dénoncent aussi l'ultimatum lancé par les syndicats qui leur demandait de débloquer la situation avant le 12 août. En attendant d'aller aux sièges sociaux des industriels privés, les éleveurs tentaient d'établir le dialogue à l'échelle locale. Parallèlement aux rassemblements devant les laiteries, des opérations "stickage" avaient lieu dans les rayons de GMS. Des sticks « produit non équitable » ou « ne rémunère pas le producteur » ont été apposés sur les produits des marques qui refusent d'accorder un prix cohérent avec l'accord du 3 juin 2009.
Se rendre chez les distributeurs est aussi un signal pour ces derniers. Ronan Le Denmat, responsable lait des JA des Côtes-d'Armor confirme que "les opérations sont aussi menées auprès des directeurs de magasins. La grande distribution a aussi sa part de responsabilité car il faut qu'elle accorde enfin la hausse des prix que les industriels demandent".
Marcel Denieul, qui encadrait des opérations de "stickage" sur Rennes pour la FDSEA, a senti de la retenue, mais aussi beaucoup d'inquiétude chez les 75 participants. Pour lui, "il faut que les industriels considèrent ce malaise sous peine de voir des actions plus musclées se développer".


Et après ?


"On arrive déjà pas à s'entendre… ". Derrière le triste constat qu'il a entendu, Marcel Denieul voit poindre les interrogations quant à l'organisation de la filière après 2015. Car au-delà de la situation actuelle, les éleveurs s'inquiètent de l'après-quotas. Pour la FNSEA et les JA, le message est clair et il faudra choisir car "il n'y aura pas de prix allemand avec une gestion à la française".
Voyant les difficultés de l'interprofession à encadrer les échanges, les producteurs sont conscients qu'ils devront s'organiser au mieux pour défendre leurs intérêts dans ce nouveau schéma. Ils ne souhaitent pas non plus que les pouvoirs publics se désengagent du dossier en se cachant derrière le mot "contractualisation".

Ronan Lombard


 


Photo : Les responsables de la FDSEA 56 en discussion avec des représentants de la direction de l'Intermarché de Pontivy, lundi dernier. Les agriculteurs demandent aux distributeurs de diminuer leurs marges pour rétribuer correctement la production sans augmenter le prix à la consommation.

 







Les actions menées en Bretagne

Toute la semaine, les éleveurs sont allés à la rencontre de plusieurs responsables de laiteries : dont celles d'Entremont à Quimper et Guingamp, Lactalis à Pontivy et Laïta à Yffiniac.
Plusieurs grandes surfaces, dont le Géant de Lanester et l'Intermaché de Pontivy, ont été le théâtre des opérations de "stickage". Sur l'agglomération rennaise 4 enseignes étaient visées (Leclerc, Carrefour, Cora et Géant). Le mot d'ordre y était un peu différent de celui affiché ailleurs dans le pays. Marcel Denieul, responsable du dossier lait à la FDSEA 35 explique :"nous n'appelons pas au boycott. Nous voulons dire au consommateur qu'il a accès à des bons produits, que pour faire ces produits de qualité, il faut un lait de qualité et que l'éleveur qui le produit doit être rémunéré en conséquence".



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Date de l'article : semaine du N° du 13 au 19 Août 2010
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