
La Directive européenne, publiée au Journal Officiel le 12 juillet 2007, est entrée en vigueur ce 1er juillet. Elle fait suite à un rapport scientifique (datant de l’an 2000) qui met en avant les effets négatifs des vitesses de croissances et des densités élevées sur le bien-être et la santé des volailles.
Le principe de cette directive est basé essentiellement sur le critère de densité. Elle impose un chargement maximal à l'instant "t" de 33 kg de poids vif par m² de bâtiment. Cette limite peut aller jusqu’à 39 kg/m², voir 42 kg/m² si l’élevage respecte des règles strictes (réduction du taux de mortalité journalier, ventilation, température, hygrométrie...).
Jusqu'à aujourd'hui, produire plus par mètre carré était la meilleure façon d'optimiser la rémunération et, par la même, la marge brute de l’atelier. Depuis le 1er juillet, la stratégie des éleveurs de poulets se doit donc d’être différente. Il convient d’optimiser le poids produit sans pour autant dépasser les seuils de densité à l'instant "t". Mais comment y arriver ?
Baisser le volume produit
En supposant que les producteurs fassent un seul et unique enlèvement alors, le poids produit est égal à la densité. Pour l’ensemble des élevages de poulets en Bretagne (légers, standards, lourds) ayant clôturé leur exercice comptable en 2009, la moyenne du poids produit par lot est de 45,5 kg/m². Autrement dit, ils devront baisser leur production de 3,5 à 6,5 kg/m² pour respecter les seuils de densité. À raison d'une rémunération de 0,176 €/kg vifs et de 5,6 lots par an, la perte sera de 3,5 € à 6,5 € par m², soit de 5500 à 10300 € pour un bâtiment de 1 600 m² (taille moyenne des bâtiments). Cependant, la baisse du poids produit pourrait entraîner une diminution de certaines charges opérationnelles, ce qui, aujourd'hui, reste difficilement chiffrable.
Passer en multi enlèvements
Pour augmenter le poids produit par m² sans dépasser les normes de la directive, le passage en multi-enlèvement (à des âges et poids différents) peut être une solution. Cependant, l'éleveur sera dépendant des besoins de son intégrateur. De plus, cette conduite engendrera des contraintes supplémentaires au niveau de l'astreinte ainsi qu'au niveau des coûts
(frais d'enlèvements, vétérinaires....).
Au-delà de l’impact sur la marge de l’atelier, les règles plus strictes sur l’aménagement des bâtiments (ventilation, température, hygrométrie…) entraîneront inévitablement des frais supplé-
mentaires. Ainsi, la diminution de revenu des éleveurs pourrait remettre en cause les futurs investissements pour la construction de bâtiments neufs, ou encore la rénovation de bâtiments anciens.
Alors que les producteurs de volailles et plus particulièrement de poulets de chair ont moins souffert de la crise, la filière se trouve confrontée à de nouvelles difficultés.
Si aucune autre solution n’est trouvée, la production nationale va poursuivre son déclin. Face à une consommation française en hausse depuis plusieurs années, le marché sera bientôt contraint d’aller chercher ses volumes au-delà de nos frontières.
Julien Gautier
CER FRANCE Morbihan
Légende photo : La réglementation impose, depuis le 1er juillet, un chargement maximal de 33 kg vifs/m2 à l’instant «t».