
La pression monte dans les élevages laitiers bretons. Les producteurs souhaitent en effet connaître le prix qui sera appliqué sur le troisième trimestre 2010, après l'échec de la réunion interprofessionnelle qui s'est tenue le 21 juillet dernier. "Nous exigeons un prix du lait revalorisé à 325 euros/1 000 L en juillet et 340 euros/1 000 L en août et septembre. Ces prix découlent des indicateurs liés à l'accord national du 3 juin 2009 qui prennent en compte la situation des marchés des produits industriels et de grande consommation", ont déclaré cette semaine plusieurs responsables FDSEA et JA bretons.
"Actuellement, les marchés sont bien orientés, notamment en beurre industriel : 3 600 euros/tonne contre 2 500 au plus bas de la crise. Le Mercosur affiche moins de production. En parallèle, la demande s'accentue en Chine et dans les pays du Maghreb. Pourtant, les industriels privés et coopératifs ne veulent pas donner aux producteurs le bénéfice de cette amélioration", souligne Hervé Moël, responsable de la section lait FDSEA 22. Et d'ajouter : "Les entreprises veulent de la réactivité par rapport au marché. Il ne faut pas que cela soit uniquement quand les prix baissent".
Déjà quelques actions vers les laiteries
En Côtes d'Armor, des courriers ont été adressés cette semaine aux industriels stipulant qu'ils doivent respecter l'accord. Les FDSEA et JA demandent également aux producteurs d'interpeller leurs laiteries pour connaître les prix qui seraient appliqués. En Ille-et-Vilaine, les syndicats souhaitaient réunir cette semaine l’ensemble des entreprises collectant sur le département, afin d’obtenir des explications et de connaître leurs intentions en termes de paiement du lait. Ce mercredi, JA, FDSEA et FDPL de Loire-Atlantique ont déposé plainte au tribunal de commerce de Nantes, contre les industries et les coopératives laitières, pour non-respect des accords interprofessionnels. Dans le Calvados, une laiterie Lactalis a été bloquée le 23 juillet par une quinzaine de producteurs.
"Tout dérapage des laiteries ne pourra être que le signe d'une rupture dans les relations qui nous lient depuis très longtemps", alertent les syndicats Costarmoricains qui prévoient dans ce cas une mobilisation des producteurs à partir de mi-août. "Nous avons été constructifs, notamment dans la réécriture des grilles de saisonnalité. Pourtant, les entreprises ne respectent pas l'accord", ajoute Ronan Le Denmat, responsable de la section lait JA 22, qui parle de "crise de confiance".
L'Allemagne toujours…
L'argument de la compétitivité par rapport à l'Allemagne, développé par les industriels privés, n'est pas recevable aux yeux des éleveurs. "Nous pourrions accepter le prix allemand (ndlr : plus faible de 20 à 25 euros/1 000 L), à condition de bénéficier des mêmes avantages en matière de TVA, qualité du lait, coût de main d'œuvre… Et nous ne voulons pas d'un prix allemand avec une gestion des volumes française", précise Hervé Moël. Le système "double volume – double prix" proposé par les coopératives ne séduit pas plus les responsables. Par contre, ils ne se montrent pas opposés à un établissement des prix au mois, pour davantage de réactivité.
Les éleveurs bretons souhaitent profiter de la nette amélioration des marchés pour rembourser les emprunts contractés pendant la crise, permettant de maintenir l'activité. "Pour la première fois en production laitière, les emprunts sont supérieurs aux investissements". Aux prix faibles du lait sur 2009, s'ajoute une forte hausse des coûts de production et une baisse des prix des veaux, des réformes et des céréales. "En Côtes d'Armor, un tiers des producteurs ont un revenu inférieur à 3 000 euros par an sur la dernière campagne. Beaucoup ne peuvent renouveler et moderniser leur outil. Et l’important déficit fourrager plombe encore plus les trésoreries". L'embellie est forcément très attendue dans les campagnes.
Agnès Cussonneau
L'interprofession en panne
Selon la FNPL, la FNCL et la FNSEA, les industriels privés (Fnil) sont responsables du nouvel échec de l'interprofession. Pour la FNCL, "certaines positions dogmatiques de la Fnil ont bloqué toute avancée de l’interprofession (...), s’arcboutant sur un seul volume et un seul prix dans les contrats, dont chacun sait qu’il s’agit d’une position intenable à terme". Estimant avoir fait preuve de "pragmatisme, de volontarisme et de responsabilité", la coopération laitière propose, depuis le début de l’année 2009, de différencier les volumes et les prix du lait en fonction de leurs débouchés, et de mettre en œuvre un cadre interprofessionnel pour la régulation des volumes.
La FNPL dénonce "le nouvel alibi des entreprises pour grappiller des euros aux producteurs", à savoir "le lien avec l’Allemagne". Pour le syndicat, la gestion des volumes "à la française" doit avoir une incidence positive sur le prix français. La valorisation des produits laitiers français, supérieure de 8% à celle de l’Allemagne, doit aussi bénéficier aux producteurs de lait. Henri Brichart, le président de la FNPL, a écrit à Bruno Le Maire, expliquant notamment que si l’interprofession est incapable de définir des éléments incontestables juridiquement sur les variations de tendances de marchés entrant dans le calcul du prix du lait, la contractualisation ne sera pas possible.
Légende photo : Les producteurs vont traire leurs vaches mais ne savent toujours pas combien ils vont être payés en juillet, alors que l’accord du 3 juin 2009 prévoyait de connaître le prix avant d'avoir livré le premier litre de lait.