Les agriculteurs sont-ils des chefs d’entreprises ? Certains le revendiquent, d’autres ne se sont jamais posé la question. François Purseigle apporte la réponse d’un sociologue, observateur des « mondes agricoles » *. Si les agriculteurs prennent en compte la dimension technique pour servir des systèmes très différenciés, l’auteur explique qu’en revanche « ils n’ont pas su ou voulu s’instituer en tant que marchand, contrairement aux Danois et aux Britanniques. Même s’ils ont su s’organiser en matière économique ». Et il explique : derrière cette notion d’entreprise revendiquée par certains il y a surtout la volonté de liberté dans la gestion de l’exploitation et moins celle d’assumer le risque commercial. On peut d’ailleurs observer que les mots liberté et indépendance sont aussi des idées exprimées dans les « slogans » de nombreux groupements porcs en Bretagne. Si la préoccupation commerciale n’est pas la première caractéristique des agriculteurs bretons, c’est aussi en raison d’une forte organisation collective en filière à qui les paysans ont en quelque sorte délégué l’approche du marché. Mais sans cette organisation collective des coopératives ou groupement de producteurs dont les fondations ont été bâties pour l’essentiel dans les années 60, l’économie agricole et agro-alimentaire bretonne serait-elle là et aussi nombreuse ? Mais ce qui a constitué un atout à une époque peut devenir un frein aujourd’hui. Une agriculture avec une forte densité d’encadrement technique et commercial peut aussi être un facteur limitant à l’initiative individuelle. Héritage de la formation dans les écoles d’agriculture avec une tendance au « formatage » des jeunes à la technique et sans doute pas assez au commerce. Car, considérer aujourd’hui que le rôle des agriculteurs s’arrête à la production, conduit droit dans le mur.