
Le plan gouvernemental "Algues vertes" ainsi que le projet de révision du 4ème programme d'action de la directive nitrates étaient au menu des élus de la Chambre d'agriculture, en session le 13 juillet à Plérin. Au travers de la délibération présentée par Jean-Jacques René (FDSEA), les élus se sont félicités d'avoir été entendus quant à l'objectif de résultat (reliquats) plutôt que l'obligation de moyens, la simplification réglementaire (déclaration annuelle de flux) et la prise en compte de l'impact de l'ensemble des secteurs d'activité du territoire.
Plus de latitude demandée
De nombreuses critiques ont par contre fusé sur le recul au 31 mars de la date de début d'épandage des lisiers et fientes sur maïs. "Plus la période d'épandage sera courte, plus il sera difficile d'intervenir en terrain ressuyé. Et les Cuma et ETA ne pourront plus répondre à la demande", souligne Patrick Fairier. "Les producteurs auront davantage de coûts d'équipement et de stockage", ajoute Georges Galardon.
Les élus ont donc demandé que la date d'interdiction soit fixée au 15 mars maximum, "pour permettre aux agriculteurs plus de latitude pour raisonner leurs épandages et une meilleure organisation". Ils souhaitent également que le calendrier concernant les effluents issus du traitement biologique ne soit pas modifié. Concernant la déclaration des flux, ils proposent de retravailler le formulaire, "afin de corriger les incohérences et d'en vérifier son appropriation par les agriculteurs".
Les élus restent attachés au principe "d'expérimentation et d'adaptation à chaque contexte, plutôt qu'une généralisation des mesures". C'est d'ailleurs dans ce sens que deux projets de territoires, "herbager" pour la Lieue de Grève et "Agro énergétique" pour Saint-Brieuc, ont été élaborés par la profession agricole dans une approche globale des enjeux environnementaux. Des projets qui nécessiteront toutefois un accompagnement financier pour compenser les surcoûts ou pertes de revenu.
Concernant les objectifs formulés par le Comité scientifique, les élus se montrent révoltés. "Tout le monde est d'accord : 5 à 10 mg/L, on ne sait pas faire", se fâche Danielle Even (FDSEA). Elle salue au contraire la prise en compte de la méthanisation dans le plan d'action de la Baie de Saint-Brieuc. "Nous demandons une revalorisation du tarif de rachat électrique pour les plus petites unités et l'expérimentation d'un dispositif de "fonds chaleur" pour faciliter la valorisation directe du biogaz sur les exploitations", ont précisé les élus.
Thierry Thomas de la Confédération Paysanne s'est exprimé sur le problème des algues vertes, évoquant le rapport du Comité scientifique "qui pointe du doigt l'insuffisance des mesures annoncées par l'Etat". "Si les 130 millions d'euros engagés dans le plan s'avéraient sans effet, nous pourrions en payer cash la facture, avec un durcissement de la réglementation et la réputation de gaspilleurs d'argent public".
Amendement Le Fur
L'élu dénonce également l'amendement Le Fur qui, selon lui, "accélère la concentration des élevages de porcs". "Y avait-t-il besoin d'un amendement qui remet sur le devant de la scène publique le sujet sensible des algues vertes ? Etait-ce urgent ?" Le syndicaliste souhaiterait que se mette en place un travail collectif de fond "pour une mutation du modèle agricole breton". "Nous devons cesser de raisonner en volumes et plutôt travailler sur l'augmentation de la valeur ajoutée".
Paul Auffray (FDSEA) précise quant à lui que "la profession milite depuis longtemps pour la simplification administrative, car les délais sont très longs et les procédures coûteuses. L'amendement ne va pas systématiquement générer des agrandissements, mais plutôt permettre de la modernisation et des mises aux normes. Les éleveurs souhaitent avant tout retrouver des résultats financiers". Et comme le rappelle Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture, "la réglementation environnementale ne va pas changer", soulignant par ailleurs que "la Bretagne est la seule région française qui affiche une baisse du taux de nitrates".
Agnès Cussonneau
Pour en savoir +
•Prix du lait. Les élus de la Chambre d'agriculture ont déploré l'échec des discussions interprofessionnelles du mardi 22 juin visant à guider le prix pour le troisième trimestre. "Les industriels ne veulent pas tenir compte de l'accord du 3 juin 2009 qui donnerait un prix proche de 325 euros/1 000 L en juillet et 340 en août et septembre". Aux yeux des agriculteurs, le non respect de l'accord serait "un très mauvais signal à la veille de définir la contractualisation".
•Dans le nouveau Projet agriculture durable départemental, l'exploitation de référence en lait passe à 310 000 L, contre 250 000 L dans l'ancien PAD. Les DPU sont pris en compte, mais avec une décote.
Légende photo : De g. à dr. : Christian Schwartz, directeur DDTM, Rémi Thuau, nouveau Préfet des Côtes d'Armor, Olivier Allain et Stéphane Gouault, président et directeur de la Chambre d'agriculture 22, et Jean-Noël Sidaner, élu.