
L'année 2009 a été marquée par une forte croissance de la collecte de lait de chèvres qui a atteint 481 millions de litres soit + 9,1 %. "Contrairement aux années précédentes, tous les bassins de production ont renoué avec la croissance (+ 8,1 % en Poitou-Charentes et + 10,3 % dans les autres régions)", souligne Carole David, conseillère caprine à la Chambre d'Agriculture d'Ille-et-Vilaine. "L'allongement des lactations est aussi l'une des causes d'augmentation de la production. Cette pratique permet de réduire le temps de travail et d'étaler les ventes de lait sur l'année".
Le tournant de 2009
Les importations françaises de produits intermédiaires (lait en vrac, concentré ou caillé) ont chuté de 10,7 %. Néanmoins, elles sont importantes (93,6 millions d'équivalent litres) et représentent 19 % de la collecte nationale, contre 24 % en 2008.
Le fromage de chèvre reste un produit de niche, il ne représente que 4 % des fromages, toutes espèces confondues. "Même si ce marché est dynamique, l'année 2009 marque un tournant avec la stagnation des fabrications (91 900 t de fromage) et les problèmes rencontrés sur certains marchés à cause des parités monétaires et de la perte de compétitivité à l'export", poursuit C. David.
Connaître ses coûts
Dans les premiers mois de 2010, les importations ont continué à baisser. Par contre, la collecte a encore progressé de 9,3 %, en France. Face à ces difficultés, les entreprises ont baissé le prix du lait de chèvre, à la production, de 12 à 38 euros/1 000 L, au mois d'avril dernier et imposé une baisse du volume produit.
"Ce contexte montre la nécessité pour les éleveurs de connaître leur prix d'équilibre, incluant le paiement des charges, des annuités et les prélèvements privés", déclare C. David. Une étude Grand Ouest devrait bientôt mieux cerner ce critère. Le coût de production, mesuré dans 10 exploitations bretonnes s'élève à 578 euros/1 000 L, il dépend du type de conduite et de la stratégie d'investissement.
Travail et alimentation
Plusieurs axes de travail seront développés en cours d'année pour mieux cerner quelques critères comme la productivité du travail et l'autonomie alimentaire du troupeau. "Le temps passé à la traite est en moyenne de 3,60 h par jour", précise la conseillère. "Il varie de 2 h à près de 8 h, selon les exploitations. Souvent les troupeaux ont grossi, sans que les incidences aient été suffisamment évaluées". Il en est de même pour le temps nécessaire à la distribution des fourrages et des concentrés.
L'amélioration de l'autonomie alimentaire mérite plus d'attention. La plupart des élevages pourraient être plus autonomes, en jouant davantage la carte des concentrés produits sur l'exploitation.
Patrick Bégos
Des repères économiques
La valorisation des produits, la maîtrise des charges et la combinaison cohérente des différents systèmes d'exploitation sont trois composantes de la solidité économique d'une exploitation. Pour atteindre un revenu net disponible de 100 euros/ 1 000 L, après charges sociales, il faut dégager un EBE moyen de 264 euros/ 1 000 L. "Appliqué à l'exploitation moyenne de référence, cet EBE correspond à un produit lait, viande et culture de 655 euros/ 1 000 L, dont 615 euros de produit lait", estime C. David. "Plutôt que de subir une baisse de revenu, il est préférable de viser le niveau d'EBE à dégager pour atteindre le revenu objectif et d'agir ensuite sur les charges opérationnelles et le coût alimentaire".
Au Gaec des Hautes Marettes
Le Gaec des Hautes Marettes a récemment ouvert ses portes. Cette exploitation a agrandi son troupeau passant de 330 à 700 chèvres pour augmenter le revenu et l'efficacité du travail. "Le projet a nécessité la remise à plat de l'organisation de la main d'œuvre sur l'exploitation (3,5 UMO, 84 vaches laitières et 150 ha SAU en plus des chèvres)", souligne Carole David.
"Des priorités et des objectifs précis ont été établis entre les associés". La traite est ainsi limitée à 4 heures par jour tout au long de l'année, par un seul associé, grâce au bloc de traite-roto de 64 places. Pour Franck Mérel, associé du Gaec : "en quantité de travail et en stress, 700 chèvres ne représentent pas plus que notre ancienne taille de cheptel, mais ce système a nécessité une autre organisation".
Légende photo : Au Gaec des Hautes Marettes, grâce au bloc traite-roto de 64 places, la traite des 700 chèvres est limitée à 4 heures par jour pour un seul associé.