
Le premier anniversaire des nouvelles institutions représente aussi, pour la profession porcine française, l'occasion de dresser un rapide bilan du travail réalisé par les précédents législateurs. "Le plan 2006 – 2010 de la Commission était très ambitieux, avec une volonté de légiférer sur tous les sujets, relate Henri de Thoré, responsable professionnel agricole sur le dossier bien-être. Au final, un seul texte a été accepté, sur l'abattage." Les nouveaux interlocuteurs bruxellois, quant à eux, semblent perçus de façon positive, de prime abord, au regard de leurs premières positions.
À Bruxelles, la DG Sanco (Direction générale de la santé et de la protection des consommateurs) a en effet déjà pris des orientations pour le nouveau plan (2011 – 2015). Une réflexion de deux ans, sur l'impact de la législation actuelle, est prévue. Un audit externe, sur le bilan des législations 2000 – 2008, a aussi été commandé. Par ailleurs, la question du bien-être semble davantage qu'avant considérée de façon globale, et son coût est mieux pris en compte. "Ces messages reprennent bon nombre d'exigences que la profession française n'a cessé d'exprimer à Bruxelles et à Paris", se satisfait Henri de Thoré, qui reste néanmoins très prudent sur l'évolution à venir des débats compte tenu de l'implication des associations environnementalistes.
Étiquetage et castration
Parmi les points non traités au sein du plan précédent de la Commission, l'étiquetage "bien-être" donne lieu à des avis très partagés. "Qu'elle soit obligatoire ou facultative, nous doutons de son intérêt, s'explique le professionnel. Et le débat houleux sur son sujet, ainsi que le peu d'enthousiasme des parties prenantes, amènent à douter de l'avenir de cette préoccupation de la DG Sanco. Elle laisse en effet entendre qu'elle ne passera pas en force d'une façon générale."
Un autre thème épineux n'avait pas été tranché lors de la précédente mandature : la castration. Sur ce point, le choix de la profession, en France, est d'anticiper les choses. "En attendant que les conditions soient réunies pour permettre l'élevage de porcs mâles entiers, qui est la meilleure solution concernant le bien-être animal et du point de vue économique, nous jugeons nécessaire de mettre en place une prise en charge de la douleur lors de la castration des porcelets, annonce Henri de Thoré. Nous préférons aller de l'avant plutôt que de se voir imposer la méthode."
Deux arguments ont fait pencher la balance, en la matière : le fait que des associations ont fait de cette question leur cheval de baille, et le fait que des solutions de traitement de la douleur ont obtenu leur Autorisation de mise sur le marché (AMM). "Certes cela représente une manipulation supplémentaire pour l'éleveur. Mais cette solution est la plus simple, la moins coûteuse (0,05 euro / injection) et elle est applicable par les éleveurs eux-mêmes", justifie le professionnel. Pour l'heure, la proposition est portée par l'amont de la filière (syndicalisme et coopératives). Le reste de la filière devrait, en toute logique, suivre. Les modalités ne sont pas encore tranchées, mais c'est déjà un important pas de franchi que cette prise de position de la profession.
Anne-Laure Lussou
Mise aux normes 2013 : le cri d’alarme
À ce jour, seulement 27 % des élevages français sont conformes à la future norme 2013 de logement des truies en groupe. Le rythme de mise aux normes s'est même ralenti en 2009", relate Henri de Thoré. Une situation qu'il impute aux importants problèmes de trésorerie des élevages et aux hésitations des éleveurs face à la lourdeur des dossiers à monter. Mais le cap n'est pas difficile qu'en France. "Cette mise aux normes pose problème dans la grande majorité des pays européens, résume le professionnel. La plupart des États présents au Copa s'est prononcée pour un report de la date d'application de la norme, demande relayée à la Commission. Cependant, à ce jour, cette dernière et l'administration française n'ont donné aucune perspective de souplesse." Pour Henri de Thoré, il est important de se lancer dans la mise aux normes de ses bâtiments, dès maintenant, si cela est possible. Mais ce n'est pas le cas de tous, d'où son cri d'alarme aux pouvoirs publics : "cette question de la mise en groupe des truies gestantes risque de modifier profondément le paysage porcin français".
Légende photo : Henri de Thoré, responsable professionnel agricole en charge du dossier bien-être animal en porc, pour le compte de la filière.