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Le fleuve blanc de l’Océanie / Hausse des coûts en Nouvelle-Zélande
 

Cent à 400 vaches par troupeau. 600 000 litres par UTH. Des coûts de production très bas grâce à une part de pâturage élevée. Un prix du lait départ ferme le plus bas au monde. La Nouvelle-Zélande apparaît souvent comme l’eldorado de la production laitière.
Au cours de deux séjours dans ce pays, André Le Gall, chef du département lait à l’Institut de l’élevage, a décortiqué le fonctionnement de cet empire laitier qui prévoit de faire gonfler sa production de 30 % dans les dix prochaines années.


Production au fil de l’herbe


« La production de 16 millions de tonnes représente l’équivalent de 2/3 de la production française. La coopérative Fanterre qui collecte 92 % de la production  possède un quasi-monopole. Cette dernière génère 7 % du PNB national », situe cet observateur, avant de faire remarquer que « 95 % de la production est exportée » et que le lait néo-zélandais représente « 37 % des échanges mondiaux » des produits laitiers (essentiellement des poudres grasses et du beurre. « La très forte saisonnalité de la production exclut de s’orienter vers les produits frais ».
Cette production au fil de l’herbe constitue en effet la base du système. Le pâturage du ray-grass anglais et trèfle blanc est pleinement favorisé par une pluviométrie de 1  000 à 1 200 mm/an bien répartis sur l’année, par des sols portants et surtout un parcellaire bien organisé.
« Le pâturage 12 mois sur 12 est la règle sachant que la majorité des troupeaux compte entre 100 et 400 vaches ; 10 % des vaches sont toutefois dans des troupeaux de plus de 1 000 laitières », poursuit A. Le Gall. Et de préciser que les stocks fourragers (maïs) représentent
1 tonne/VL (500 à 1 000 kg). « Les vaches reçoivent également 100 à 200 kg de tourteau de palme ».
Cette conduite de plein air conduit à caler les vêlages avant la pousse de l’herbe. « Les vaches vêlent sur 6 semaines avant la fin hiver. Elles sont taries à 250 jours de lactation quand l’herbe commence à manquer ». (races : 15 % Jersiaise ; 45 % Holstein ; 40 % croisées Jersiais X Holstein).


Des éleveurs confiants dans l’avenir


Les éleveurs néo-zélandais ne sont pas attachés à la production individuelle par vache. « La production de lait par hectare est le  critère de référence dans ce pays où les vaches produisent en moyenne 3 500 à 4 000 kg/an ».
Grâce à ce système technique original, associé à une productivité du travail élevée (600 000 litres/UTH, soit le double du Danemark), le modèle laitier néo-zélandais affiche le prix du lait départ ferme le plus bas au monde : « En moyenne 200 €/1 000 litres ces 10 dernières années, même si on observe une remontée à 250 € lors de la dernière campagne ».
Après une progression annuelle quasi constante de
+ 5 % de 1990 à 2000, le pays affiche aujourd’hui des ambitions de développement évaluées à + 3 % par an pour les 10 prochaines années. « Les éleveurs sont confiants en l’avenir. Les fermes laitières se développent à la place des ovins, notamment dans le sud du pays », constate André Le Gall.


Rattrapée par l’environnement


Reste que cette production laitière encore jeune (une centaine d’années) entrevoit aujourd’hui quelques limites à son développement continu. « L’environnement devient une préoccupation. D’une part, parce que le tourisme est devenu la 2e activité économique du pays ».
Si les éleveurs bénéficient encore de cette image « clean and green » (traduction : l’herbe verte, c’est nickel). Les teneurs en nitrates dans l’eau ont été multipliées par 2 en 10 ans. « Aujourd’hui, ils systématisent le bilan azote afin de limiter les pertes à 26 kg/ha. Comment ? En employant des inhibiteurs de nitrification qui permettent de diminuer les rejets de 25 %, mais aussi en limitant le pâturage hivernal. D’où des  investissements dans des bâtiments tunnel qui indéniablement augmentent les coûts de production ».
Outre les nitrates, les Néo-Zélandais sont également sensibles aux gaz à effet de serre. Avec à la clé, des taxes potentiellement significatives qui pourraient être appliquées à partir de 2013 (4 €/1 000 litres) et qui pourraient atteindre 12 €/1 000 litres en 2025.

Didier Le Du



Ce qu’il faut retenir

- Le potentiel de croissance reste limité même si la Nouvelle-Zélande offre encore des opportunités de développement dans le sud du pays. La dynamique est contrariée par les normes environnementales.
- Les contraintes environnementales ont tendance à faire croître les coûts de production.
- La production est assez gourmande en capitaux, ce qui va exiger une rentabilité minimale pour attirer les financements (prix de l’hectare : 15 000 €).
- Le seuil de rentabilité se situe à 220 €/1 000 litres au départ ferme (point mort entre 170 et 180 €/1 000 litres).
- Les Néozélandais sont très offensifs dans le développement à l’international avec des prises de participation chez des opérateurs laitiers de nombreux pays, afin de contrôler le marché international des commodités (beurre, poudre, caséines,…).





Légende photo : Le pâturage 12 mois sur 12 est la règle avec une pluviométrie de 1000 à 1200 mm/an. (photo André Le Gall)

 



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Date de l'article : semaine du N° du 23 au 29 Juillet 2010
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