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Sommaire | " POLITIQUE AGRICOLE " | Article n°10943 |
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ALGUES VERTES / Bruno Le Maire et Chantal Jouanno dans les Côtes-d'Armor : Une jolie parade sous le soleil
 

Sans doute le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, et la secrétaire d'État en charge de l'Écologie Chantal Jouanno, n'avaient-ils pas grand chose à annoncer lors de leur venue, lundi dernier, dans les Côtes-d'Armor. C'est en tout cas l'impression qu'ils ont donnée, en se promenant dans le département : sur la plage de Binic tout d'abord, puis au sein de l'unité de méthanisation d'André Guillaume à Plélo, et enfin au coeur de l'usine de traitements des déchets de Lantic (qui traite des algues depuis peu). Au final, l'opération aura ressemblé à une vaste opération de communication pour assurer au grand public que oui, le plan algues vertes est en marche et bien en marche, et qu'en seulement quelques mois il a donné de bons résultats.


10 mg haut la main


Un optimisme que les deux représentants du gouvernement, affichant une bonne entente visible, n'ont cessé de manifester tout au long de l'après-midi. Quitte à laisser le public un peu perplexe. "Les 10 mg de nitrates par litre, c'est possible, lancera ainsi Chantal Jouanno. Pas tout de suite mais c'est possible."
Pour l'heure, la secrétaire d'État se satisfait de voir mis en route le système de ramassage systématique des algues, ainsi que leur compostage, pour 50 % des algues cette année, et pour 100 % l'an prochain. En terme de solution plus en amont, c'est notamment la méthanisation qui est évoquée, même si l'utilisation des algues dans les unités commence tout juste, et de façon expérimentale (voir
page 2). "Nous souhaitons aider au moins 20 projets sur les deux prochaines années. Nous sommes d'accord pour travailler sur une simplification, sur le tarif…", a indiqué Chantal Jouanno. Reste que, visiblement, le taux de subvention ne semble pas clairement calé en la matière. De quoi freiner les projets, quand on sait les montants faramineux à engager.


Décalage de discours


Et c'est bien ce décalage de discours, entre les belles intentions parisiennes et les besoins concrets du terrain (voir ci-dessous) qui aura marqué le déplacement des deux ministres. La profession attendait des réponses concrètes, voire le déblocage de fonds. Au final, c'est un discours très généraliste qu'aura tenu Bruno Le Maire : "nous allons rattraper le retard de compétitivité de nos structures, grâce à la méthanisation, les regroupements d'élevage, la réduction de la facture énergétique, le travail sur l'alimentation, a-t-il listé. Je vous propose de faire vos propositions dans le cadre du Plan de développement des filières, que je compte annoncer en septembre. Les filières lait et le porc seront les premières traitées."
Au rang des points positifs, on retiendra tout de même le fait que les efforts de la profession semblent reconnus, en terme de qualité des eaux, et qu'à plusieurs reprises, Bruno Le Maire et Chantal Jouanno ont appelé à une unité, entre monde agricole et reste de la société, sur ce thème qui mérite en effet l'implication de tous.

Anne-Laure Lussou



"Un manque de réponses concrètes"
Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture 22


"Le ministre est venu mais il n'avait rien à annoncer. Or, nous attendons des réponses concrètes, sur des points très précis, par exemple sur la MAE "cultures pérennes" ou sur la MAE "Couver06", pour laquelle nous manquons de données techniques. Les agriculteurs sont prêts à se lancer, mais l'opérationnel n'est pas prêt ! Nous n'avons pas eu, non plus, de réponse sur le déplafonnement des MAE, ni sur le fait de pouvoir positionner les bandes tampons ailleurs qu'au bord des cours d'eau. Or, la nouvelle année culturale commence en septembre, il ne reste que 45 jours pour avoir des réponses concrètes. Avec nos deux baies pilotes, la baie de Lannion et la baie de Saint-Brieuc, nous sommes très ambitieux. D'où notre volonté d'obtenir des réponses sur ces points très précis."



"Une visite de façade"
Jean-Jacques Poëzevara, président FDSEA 22


"Nous n'avons obtenu absolument aucune réponse lors de cette demi-journée qui a consisté en une visite de façade. Nous avions, au contraire, besoin de réponses très concrètes, comme était concrète ma question à Chantal Jouanno : comment sera-t-il possible d'atteindre les 10 mg de nitrates/l comme elle l'annonce, sachant que la population va augmenter de 500 000 personnes dans les 10 – 15 ans, et que les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables des algues vertes ? Il n'est absolument pas tenu compte de la crise économique qui les touche de plein fouet. Or, il n'y a pas de mystère : ce plan algues vertes, il ne marchera que s'il y a égalité au sein même de la population, et en encourageant les agriculteurs au lieu de les humilier."



 “Une inauguration indécente”
“Halte aux marées vertes” et les associations environnementalistes avaient boycotté la visite. Dans un communiqué, ils déclaraient :
"Le plan algues vertes renforce hélas chaque jour la priorité donnée par les pouvoirs publics à l'action curative. L'usine de traitement de Lantic, inaugurée par Bruno Le Maire et Chantal Jouanno, est le symbole même de l'échec dans la lutte contre les marées vertes. Nous dénonçons l'indécence de l'inauguration d'un équipement dont les pouvoirs publics devraient avoir honte. Ceci est d'autant plus indécent que le volet préventif du plan d'action contre les marées vertes est très insuffisant. Par ailleurs, la méthanisation, présentée par les professionnels agricoles comme un moyen de lutte contre les marées vertes, n'a aucun effet sur l'azote puisque la totalité de l'azote entrant dans une unité se retrouve en sortie. Pour nous, la résolution du problème requiert une révision en profondeur des systèmes de production."




Légende photo : Sur la plage de Binic (Côtes-d'Armor), Bruno Le Maire, Chantal Jouanno, le maire Christian Urvoy et Olivier Allain, président de la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor.

 



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Date de l'article : semaine du N° du 23 au 29 Juillet 2010
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