
Les récoltes d'orge sont bien engagées en Ille-et-Vilaine, dans l'Est du Morbihan et des Côtes d'Armor. Les moissonneuses sont entrées dans les parcelles de colza et de blé. Tour d'horizon de la situation des cultures et du marché avec Philippe André, président de la section céréales de Coopagri Bretagne et Michel Le Friant, responsable céréales de Caliance.
Interrogations sur le blé
L'hétérogénéité prévisible des rendements est l'impression dominante, en blé. Dans l'Ouest Bretagne, les conditions d'implantation n'ont pas été bonnes en semis tardifs. "L'automne humide, l'hiver froid et le printemps sec ont entraîné une moindre densité d'épis. L'efficacité de l'azote n'a pas été optimale", souligne Philippe André. Certains apports n'ont pas été réalisés ou ont agi trop tardivement. Le coup de chaleur récent perturbe également le remplissage des grains avec un impact sur le PMG.
Globalement, les surfaces de blé sont stables, mais la collecte risque d'être inférieure de 15 à 20 % par rapport à 2009, année exceptionnelle. On observe un gradiant Est-Ouest avec une situation des cultures plus favorable à l'Est, par rapport au Finistère, pénalisé par les semis tardifs. "L'Etat sanitaire est bon avec une pression de maladies historiquement faible. Les 10 à 15 jours qui viennent seront déterminants pour le taux de protéines". La migration de l'azote va-t-elle se faire correctement ?
Orge, triticale, pois
"Les rendements en orge seraient en retrait de 4 à 5 q/ha, par rapport à 2009. Le poids spécifique est bon (68-69). Le PMG s'est maintenu". Actuellement, le prix reste en retrait de 20 euros/t par rapport au blé. C'est le reflet des 6 derniers mois, avec un stock d'intervention important. Les parcelles de triticale ont moins souffert. Notamment en Centre-Bretagne, où les sols ont plus de réserve en eau.
Les surfaces de pois protéagineux sont en progression, grâce notamment aux nouvelles primes. Les cultures, implantées dans de bonnes conditions souffrent aussi du stress hydrique durant la phase de remplissage.
Espoir en colza
Les surfaces de colza ont progressé en 2010, grâce aux bons rendements de 2009, surtout en Ille-et-Vilaine. Les récoltes sont en cours dans le sud Bretagne. Les cultures sont saines et les rendements varient autour de 30 q/ha ou plus. Les rendements seraient très moyens dans le nord de la France, voire médiocres en Poitou-Charente (20 q/ha). Quelles vont être les conséquences des coups de chaleur sur le PMG ?
"Les cours du colza ont grimpé jusqu'à 340 euros/t contre 300 euros, il y a 10 jours", déclare Michel Le Friant. "La progression serait liée aux mauvaises conditions d'implantation du canola au Canada, concurrent du colza européen. Les cotations vont se maintenir à un niveau élevé, avec peut être quelques tensions pour l'approvisionnement des outils industriels". La faible valeur de l'euro par rapport au dollar avantage les colzas européens par rapport aux produits importés. La filière Biodiesel garantit un prix rendu usine de 270 E/t, avec revalorisation en cours de campagne.
Prudence sur le marché
"Les prix seront supérieurs à ceux de 2009, ils seront fixés quand nous aurons une meilleure connaissance des volumes et de la qualité, aux niveaux régional et national", précise Michel Le Friant. Les cotations du blé ont sensiblement progressé depuis 8 jours pour atteindre 160 euros/t (Euronext). Situation pérenne ou coup de spéculation ? La prudence est de rigueur, avec un œil sur l'évolution des récoltes autour de la Mer noire ou l'Ukraine et le Kazhagstan qui ont également subi le coup de chaleur.
"En mars dernier, le prix du blé rendu Pontivy était au même niveau que celui rendu Rouen. Actuellement, il est supérieur de 4 euros/t". Avec la remontée sensible des cotations, il y a peu de vendeurs et peu d'acheteurs. L'alimentation animale achète plutôt des produits de substitution au blé.
Situation favorable à l'export
Au niveau de l'exportation, la parité euro-dollar est favorable au blé européen. De 1,45 dollar pour 1 euro en juillet 2009, la parité est actuellement à 1,25 dollar. "Les ventes à l'exportation dépendront de l'évolution des récoltes en Mer Noire et aux USA. Pour le moment, les blés de la Mer Noire sont moins chers de 20 dollars/t aux blés européens. Nous espérons qu'ils ne puissent pas alimenter le marché, par manque de volumes. Aux USA, les prix sont supérieurs de 10 à 15 dollars aux nôtres".
La situation pourrait donc être favorable à l'exportation, à condition que les critères soient remplis : 76 à 78 de PS, un taux de protéines supérieur à 11 % et pas de pluie à la récolte. "Compte tenu des incertitudes sur les volumes et la qualité, sur les possibilités d'exportation, nous octroyons pour le moment des avances financières à la livraison. Le prix d'acompte sera fixé avant la fin du mois et des compléments de prix pourront être versés en cours de campagne".
Patrick Bégos
Une logistique rodée
Caliance regroupe les moyens de Coopagri Bretagne, Cam 56, Eolys, Vegam et Cam 53 pour la collecte et la commercialisation des céréales. Sa logistique a été fortement mise à contribution par la récolte exceptionnelle de 2009. "Nous bénéficions d'un seul planning de transport toute l'année avec un seul centre de décision et d'un plan de stockage commun de façon à ce que chaque tonne de céréale soit stockée "au plus court".