
Depuis 3 ans, nous avons dépensé beaucoup d'énergie pour obtenir l'écoute des abattoirs et la revalorisation de nos produits", explique Philippe Raison, président du Syprolap. La même grille de prix est appliquée aux producteurs depuis 2006, avec même une baisse de 5 ct/kg en avril 2009. "Pour le moment, nous n'avons récupéré que 3 ct/kg et le solde le sera à partir d'août".
Marché porteur
La production est en baisse et l'évolution du nombre d'inséminations le confirme
(-6 % entre 2009 et 2008 et à nouveau -2,5 % en début 2010). Pourtant, le marché est porteur, grâce à une progression de la consommation de 5 % durant les 4 premiers mois de 2010. "Comme chaque printemps, l'arrivée de la chaleur pénalise à nouveau les achats des consommateurs", souligne Eric Guillermic, animateur du groupement. "Le stock de lapins congelés réaugmente, ce qui a alarmé les abattoirs, alors que les besoins en viande congelée existent dans la RHF ou la RHD, dans un contexte de baisse des importations chinoises".
Innover dans la présentation
La viande de lapin est surtout achetée par les consommateurs âgés. "Les jeunes recherchent de la praticité, la filière doit évoluer vers de nouvelles présentations". C'est le message transmis par Christophe Pajot, directeur de SNV, aux participants de l'assemblée du Syprolap.
Cet abattoir commercialise 80 % des lapins du groupement. Il vient d'investir dans un outil neuf pour réaliser une nouvelle gamme de produits dont l’émincé de lapin. "Cet outil nous permet d'utiliser tous les morceaux du lapin et de gagner de nouveaux consommateurs", résume l'industriel. Et pour les éleveurs, c'est un atout dans la pérennisation des débouchés. "Plus le lapin est découpé et transformé, plus il séduit", confirme Philippe Raison.
Une approche globale
"Chez les éleveurs, l'amélioration des performances et la maîtrise des coûts de production a plus ou moins permis de faire face aux charges", estime Yves Lancelin, trésorier du groupement. Pour bien maîtriser l'ingéré, il faut des équipements adaptés comme le cooling ou le chauffage. "Le bon fonctionnement du trio éleveur-technicien-vétérinaire permet une approche globale de la conduite d'élevage et la maîtrise des coûts de santé", ajoute Eric Guillermic.
Mais l'avenir passe par la revalorisation de la grille. Pour l'année 2009, le prix de vente moyen a atteint 1,66 euro/kg. Or, pour un jeune investisseur en cours de remboursement, il faut 1,75 euro/kg, rémunération incluse. Pour 2010 où l'on peut espérer un prix de vente de 1,68 euro/kg, il manquera encore 7 ct/kg.
Hausse de l'aliment
"L'inquiétude porte aussi sur l'évolution du prix de l'aliment, notamment de la matière première fibreuse", déclare Gaël Le Houédec, responsable lapins Sanders. "Sur la base du prix actuel, une augmentation du prix de l'aliment de 10 euros/t entraîne une augmentation du coût de production de 3,5 ct par kg de lapin". Il y a deux ans, le prix de l'aliment avait progressé de 80 euros/t, sans augmentation du prix de la viande, ce qui avait généré des prêts de trésorerie qui impactent aujourd'hui les coûts de revient.
C'est donc un message d'espoir qu'adressent les responsables aux éleveurs. La situation est plus favorable qu'il y a 1 an, mais il faut rester vigilant à l'éventuelle augmentation des prix de matières premières. "Les éleveurs qui ont tenu 3 ans sont au point bas, une nouvelle augmentation des matières premières leur serait fatale", estime Philippe Raison. Par contre au vu des principaux indicateurs, le Syprolap est confiant dans l’avenir du lapin.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite, Philippe Raison, président du Syprolap, Yves Lancelin, trésorier, Eric Guillermic, animateur du groupement et Gaël Le Houédec, responsable lapins Sanders.
Une carte à jouer
Le CLIPP réalise la promotion de la viande de lapin, via la presse grand public et les écoles. Pour la majorité des consommateurs, une augmentation du prix de vente impacterait peu le budget alimentation : 10 cts/kg représente 1 euro de plus par consommateur et par an. Il y a donc une carte à jouer et les éleveurs seront présents sur les aires d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan, lors des opérations menées par les jeunes agriculteurs pour faire goûter aux vacanciers, les nouvelles grillades de viande de lapin.