
Elles sont assez rares pour être soulignées, les actions collectives dans la filière viande bovine. C'est que cette fois, la situation devient vraiment trop pénible. "Nous voulons arrêter cette spirale infernale à la baisse des cours. Aujourd'hui, pour un jeune bovin classé R par exemple, le coût de production est de plus de 3,50 euros / kg carcasse, face à une cotation de moins de 3 euros", exprime Gérard Doré, responsable viande bovine à la FRSEA.
En signe de protestation et suite à un appel de la FNB, les représentants des éleveurs dans les commissions régionales des cotations entrée abattoir ont donc suspendu ces cotations, durant trois semaines, jusqu'au 6 juillet. Une manière de faire stagner les choses, puisqu'une annulation de cotation revient à la laisser stable. Le dernier épisode date néanmoins de ce mardi 13 juillet, avec une reprise des cotations, apportant un peu de mieux. "Un seul abatteur était présent. Il y a eu cotation, avec des augmentations de 2 à 5 centimes selon les catégories. C'est insuffisant mais c'est une lueur d'espoir, relaye Gérard Doré. Nous avons bien indiqué que si cette hausse n'est pas confirmée, nous reprendrons nos actions."
45 centimes demandés
C'est en effet une hausse de 45 centimes, sur toutes les catégories, que demandent les professionnels. "Nous réclamons 5 centimes de plus du kg chaque semaine jusqu'à la fin de l'année. On demande un prix rémunérateur, couvrant le prix du broutard, les charges d'engraissement, d'amortissement des bâtiments, la main-d'œuvre…" Avec 10 000 euros de revenu moyen en 2009, les éleveurs de bovins viande font déjà partie des moins bien lotis de l'agriculture. "À l'avenir les primes vont être revues à la baisse avec l'évolution de la Pac. Le seul levier d'action est donc celui des prix, renchérit Olivier Alain, président de la Chambre d'agriculture 22. La hausse que nous demandons n'est vraiment pas superflue."
Une demande de révision
Du côté de la FNB, on demande également à ce que soit revu le dispositif des commissions de cotations FranceAgriMer. Enfin, la Fédération entend, par l'action de suspension des cotations, "alerter les acteurs de l'aval de la filière et les pouvoirs publics sur une situation de crise en production de viande bovine qui ne peut plus durer." Côté abatteurs, on se serait apparemment montré "compatissant" au plan national, sans pour autant qu'aucune décision ne soit prise. Les éleveurs pourront pourtant difficilement attendre sans fin, notamment compte tenu de la situation actuelle de manque de fourrage qui n'arrange rien à l'affaire. On parle en effet de décapitalisation forcée dans les élevages, ce qui aura forcément comme conséquence de peser sur les prix.
Anne-Laure Lussou
Photo : Les responsables viande bovine des FDSEA, réunis chez Michel Gapaillard, éleveur de Charolaises à Ploufragan (22), pour exprimer leur ras-le-bol.