
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les intervenants choisis, pour les assemblées générales d'Interbovi, ne brossent pas vraiment les participants dans le sens du poil. Mercredi 7, à Plérin, c'était au tour de John Brook, directeur Europe – Russie – Moyen Orient de l'US Meat, Fédération des exportateurs de viande des États- Unis, de s'exprimer. "Je viens vous présenter l'avenir vu de l'autre côté", indiquait-il en préambule, après avoir dépeint brièvement l'élevage Outre Atlantique. "C'est vrai, c'est grand. Par exemple, chez nous un abatteur peut traiter jusque 5000 bêtes par jour, quand en Bretagne on en abat 400 à 500." L'une des grandes différences, notamment avec la France, est que la viande consommée dans le pays est davantage que chez nous issue de troupeaux viande. "Quant aux élevages, tout n'est pas si grand qu'on le dit : au départ, les animaux sont élevés à l'herbe, dans des structures de taille raisonnable. Là où ça devient gros, c'est dans les feedlots, où les animaux terminent leur croissance, aux céréales. L'alimentation est OGM, tout est informatisé et très étudié. 23 sociétés sont capables de sortir plus de 100 000 têtes."
Optimisme pour l'avenir
Aux États-Unis, d'après l'Américain basé à Bruxelles, l'heure n'est, plus du tout à la paralysie des initiatives suite à la crise économique et financière. Certes, la crise est passée par là, et les dettes sont bel et bien là pour le rappeler, mais l'heure est désormais à la reprise et au rebond. "Nous sommes très optimistes sur l'évolution des marchés, car le monde s'enrichit. Il va falloir trouver de la viande", expliquait ainsi John Brook. Les USA lorgnent en particulier sur les marchés en croissance tels l'Inde, la Chine, la Corée, la Russie... Ils peuvent aussi se targuer d'avoir, parmi les exportateurs de viande bovine dans le monde, le moins mauvais bilan 2009, qui ne restera pas dans les annales comme une bonne année. "Avec – 8 % en valeur, les USA s'en sont bien sortis. L'Uruguay a enregistré moins 25 %, le Brésil aussi. Quant à l'Argentine (- 31 %), il est tout à fait possible que le pays devienne importateur net, la politique mise en place par le gouvernement nuisant à la production."
Y aller ou pas
Pour le représentant américain, les États-Unis vont être en mesure de répondre à la demande mondiale car ils disposent de tout l'attirail nécessaire. "Nous pouvons augmenter l'efficacité des systèmes par la génétique, l'utilisation d'hormones, l'alimentation… Par ailleurs nous disposons de grands espaces." En face – et le verdict est sans appel –, l'Europe fait figure de bien pâle concurrent. "Nous voyons vos soucis, notamment avec l'environnement, la façon dont la presse traite l'agriculture... Nous voyons vos débats sur l'utilisation des technologies, par exemple autour de l'acide dans l'industrie. En fait, on se dit que si vous ne faites pas évoluer rapidement vos technologies, tant pis, nous irons sans vous." Les prévisions de l'US Meat parlent d'elles-mêmes : d'après l'organisme, ce sont en premier lieu les Etats-Unis qui répondront à l'augmentation de la demande mondiale entre 2009 - 2019, avec des exports qui grimperont de 31 % et qui représenteront environ 6 fois le volume exporté européen. De belles perspectives, donc, pour les élevages. Et un dernier coup de bambou pour finir : "la viande que nous produisons, qui n'est pas produite ailleurs, est appréciée à l'étranger. Nous pensons qu'elle peut substituer la viande argentine".
Anne-Laure Lussou
Photo : Feedlot au Texas.
Interbovi : 2009 en en bref
- Tonnage abattu (GB + veaux) : 316 600 t, soit + 3,6 %
- En Gros bovins, la progression est proche de 5 % et l'allègement des carcasses est globalement maintenu. Poids moyen des animaux : 337 kg en vaches (stable), 369 en génisses (+ 5 kg), 401 en JB (+ 1), 402 en bœufs (- 3)
- Les femelles restent la part prépondérante de l'activité : 64 %. Parmi les vaches abattues, 70 % sont laitières (+ 1 %).
- En veau de boucherie, l'activité bretonne est stable : - 1 %