
Le référentiel masculin est toujours prégnant en agriculture ». Sabrina Dahache, doctorante en sociologie, a analysé la place de la femme dans le monde agricole. Les résultats sont clairs, sans être réellement surprenants. Les différentes lois de modernisation ont offerts des statuts aux agricultrices. Leur position s'est renforcée dans les exploitations. Les obstacles restent pourtant nombreux. A commencer par la formation. De plus en plus nombreuses dans les différents cursus, elles se concentrent essentiellement sur les productions animales. Les productions végétales sont réservées aux garçons. « Beaucoup d'entre elles font des formations qualifiantes pour adultes, essentiellement pour avoir les aides à l'installation ». Moins nombreuses dans les formations initiales (BTS), elles sont encore pénalisées aux entretiens d'entrée. « On les interroge souvent comme si elles avaient déjà des enfants. Comment ferez-vous le jour où vous en aurez ? ». Les cours théoriques sont moins problématiques que la pratique, notamment les stages en exploitation. « Certains travaux leur sont quasiment interdits. La simple conduite d'un tracteur ne leur est pas toujours autorisée, par les maîtres de stage ». Pour la sociologue, les jeunes femmes n'ont pas les mêmes conditions d'acquisition des compétences que les garçons. « Les chances d'accès au savoir faire est moins évident ». En résumé, elles doivent être bien plus motivées pour suivre un parcours de formation.
Convaincre le cédant
Au moment de l'installation, l'accès au foncier est, plus que pour les hommes, un parcours du combattant. « Même la voie directe n'est pas aisée. Les parents imaginent plutôt une reprise par un fils, lorsqu'ils en ont ». Les cédants donnent prioritairement la préférence à un homme. « Résultat : les femmes s'installent, en individuel, sur des structures plus petites, avec plus de travaux de remise à niveau à réaliser ». Les banques auraient également une attitude discriminante, selon la sociologue. « Les prêts sont plus difficiles à obtenir, même pour des structures semblables à celles de leurs collègues hommes. Les durées de remboursement sont plus longues ».
Une fois installée, les femmes adoptent différentes stratégies pour exercer leur profession. L'étude ne porte que sur les femmes installées seules, avec le conjoint travaillant à l'extérieur. La première catégorie s'installe en élevage hors sol, dans un système intégré (canards, poulets, veaux...). Cette activité leur laisse de la flexibilité pour planifier à la fois leur activité professionnelle et leur charge familiale. Elles n'ont ni responsabilités professionnelles ni activités syndicales. La seconde catégorie s'implique totalement au niveau professionnel, aussi bien dans les travaux que dans la vie des groupements ou des syndicats, sans pour autant avoir des responsabilités. Le recours aux équipes techniques des coopératives ou des groupements est la règle. Les tâches domestiques sont partagées avec les conjoints. La troisième catégorie , celles des entrepreneuses, est totalement dégagée des tâches domestiques. « Parce qu'elles peuvent l'imposer à leurs conjoints ». Ces profils ne sont pas figés. Selon les périodes, avec ou sans enfants, les conditions de vie ou de travail des femmes évoluent.
Bernard Laurent
Photo : Une quarantaine d'agricultrices se sont réunies, jeudi dernier, à Kerguehennec, pour partager leurs différentes expériences professionnelles.