
La production de plants en mottes sur l'exploitation est une option qui séduit de plus en plus de légumiers en Bretagne. Le gain économique n'y est pas étranger : 30 euros les 1 000 plants chez un fournisseur contre 12 à 18 euros en pépinière sur l'exploitation. Pour Pierre-Yvon et Jean-Baptiste Malledan, producteurs à Pleumeur-Gautier, un autre intérêt s'ajoute : "Les plants sont disponibles le jour où l'on veut. Pour les plantations, c'est parfois difficile de trouver du personnel le samedi", ont-ils expliqué le 24 juin, lors de portes ouvertes Innov'action organisées par la Chambre d'agriculture.
Par rapport aux pépinières d'arrachis, l'élevage de minimottes permet de réduire le temps et la pénibilité de travail, ainsi que les pertes de graines, devenues beaucoup plus chères aujourd'hui. "Les plants sont par contre moins résistants et peuvent difficilement être mis en terre après mi-juillet", ajoute Pierre-Yvon.
En plein air, dans les silos de maïs
Sur l'exploitation Malledan (75 ha de SAU dont 15 ha de chou-fleur, 12 ha d'épinards et 15 ha de brocoli – 420 000 L de lait – taurillons – 1 salariée), le travail est moins intense en juin, ce qui a permis aux producteurs d'insérer sans problème l'activité de pépinière. "Nous l'avons développée progressivement depuis quatre ans. Aujourd'hui, elle représente 90% des plants de chou-fleur (20 000 plants par an). Nous en commandons toujours un peu, selon les variétés".
L'élevage des plants étant réalisé en plein air, l'investissement a été limité à une ligne de semis (2 000 euros en copropriété avec le frère de Pierre-Yvon, légumier également), des plaques de semis (moins de 5 euros par plaque neuve abritant 240 plants) et une pompe (environ 60 euros) qui envoie l'eau dans les rampes d'arrosage équipées de simples tourniquets.
Pré-germination sous bâche noire
Les graines de chou-fleur sont semées dans les alvéoles des plaques rempli de terreau, puis recouvertes d'une couche de sable. Après semis, les plaques sont empilées pendant 3 – 4 jours sous bâche noire, puis elles sont simplement placées sur des pots dans deux silos de maïs, qui sont vides à cette époque de l'année.
Le plein air, plus économique, est par contre plus aléatoire que l'élevage sous tunnel. L'irrigation, les apports d'engrais, les traitements (pied noir, mildiou) sont évidemment moins simples à maîtriser. Et les intempéries peuvent nuire aux cultures.
Dans le cas de plaques directement posées sur le sol, les plants peuvent s'enraciner dans la terre. Cette technique peut poser des problèmes d'enherbement ou de hernie.
Agnès Cussonneau
Photo :Pierre-Yvon et Jean-Baptiste Malledan, producteurs à Pleumeur-Gautier, réalisent leurs plants en plein air, dans les silos de maïs vides.
Plus de sécurité sous tunnel
Chez Jean-François Roudot, installé à Langoat (75 ha de SAU dont 40 ha de choux-fleurs, 3 ha de brocolis, 2 ha de petits pois, 12 ha de Coco de Paimpol et 5 ha d'échalotes), l'élevage des plants est réalisé sous tunnel plastique "pieds droits" (70 m de longueur et 9,6 m de largeur) qui a représenté un investissement de 19 000 euros, montage compris. Les 2 200 plaques ont coûté 10 000 euros et la rampe d'irrigation, qui avance automatiquement, 6 000 euros. Passé en minimottes en 1990, Jean-François Roudot élève lui-même ses plants de chou-fleur depuis 3 ans (aujourd'hui 100%).
Le sol du tunnel est recouvert d'une toile tissée qui confère propreté et portance. Le producteur reçoit des plaques déjà semées (à Terres de Saint-Malo) via la Cuma du Talbert qui gère le programme de semis, le transport et la facturation. A ses yeux, le passage le plus délicat, c'est la levée, "notamment en cas de chaleur". "Sinon, l'élevage des plants est assez simple. Je prévois deux ou trois passages d'irrigation par jour. En temps de travail, je compte une heure par jour en moyenne". Réalisant environ 520 000 plants par an, il évalue son coût de production à 16 euros/1 000 plants (sans la valeur des graines). "C'est 5 000 euros qui sont gagnés à chaque campagne", compte le légumier.