
La plupart des indicateurs sont au beau fixe. C’est ce qu’il se dégage de l’analyse de Gérard Calbrix, chef de service à l’Atla, l'Association de la Transformation Laitière Française qui regroupe les fédérations des coopératives (FNCL) et de l’industrie privée (Fnil).
« Je n’ai pas d’inquiétude sur les débouchés des produits laitiers européens. Notamment la poudre de lait. C’est pourquoi les pays de l’Europe du Nord se sont lancés sur ce créneau », a-t-il expliqué lors d’une journée laitière organisée, à Rennes, par le Cerel. Quant au beurre, il devrait même manquer sur le marché européen. « On peut donc penser que les cours vont remonter ».
Redressement vigoureux des prix
La sortie de la crise, la filière laitière la doit à une reprise de la consommation. Les stocks mondiaux dégonflent. Gérard Calbrix parle même de « redressement vigoureux du prix du lait pour 2010. Aujourd’hui, les cours mondiaux du beurre vrac sont remontés à des niveaux supérieurs aux sommets de 2007-2008 ». La remontée du prix de la poudre de lait écrémé n’enregistre pas la même progression en raison d’importants stocks.
Pour l’heure, le redressement des cours est plus limité en Europe. À noter toutefois plus qu’un frémissement du prix à la production en Allemagne. Le lait s’est vendu 300 euros/1 000 litres pour le mois de juin dernier, bien au-dessus des 180 euros de 2009 qui faisaient trembler les producteurs bretons.
En France, « le beurre-poudre (30 % de la production) a fait subir des pertes énormes aux transformateurs en 2008-2009 », poursuit le représentant d’Atla tout en notant que « la valorisation est redevenue favorable en avril 2010 ». En parallèle, les 70 % du lait français qui sont orientés vers les PGC (produits de grande consommation) ont repris des couleurs sur le marché. Et G. Calbrix de souligner que des hausses de tarif n’ont pas été passées avec la grande distribution après les baisses de 2009.
Gestion européenne : « une vue de l’esprit »
Les exportations françaises de fromage, crème, beurre, se sont redressées au premier trimestre 2010. « Par contre les importations de lait d’Allemagne se poursuivent ». Bref, tout n’est pas revenu dans l’ordre et il reste beaucoup de produits laitiers en stock. « Il faut reconnaître que les outils de gestion européens (intervention, restitutions) ont contribué à redresser le marché ».
Sans nier le besoin de relations contractuelles portant sur les volumes entre les producteurs et les entreprises, le représentant de l’Atla affirme « ne pas croire aux outils pour gérer les volumes au niveau européen ». Et d’ajouter : « La contractualisation a provoqué une levée de boucliers en Europe. C’est une vue de l’esprit que de croire en une formule magique qui donnerait le prix du lait pour les cinq ans à venir. Ce n’est pas avec un contrat que l’on gère des prix et des volumes. Et qu’est-ce qui empêcherait un producteur en contrat avec une laiterie de produire pour une autre ? ».
Didier Le Du
Photo : Les cours du beurre vrac sont remontés à des niveaux supérieurs aux sommets de 2007-2008.
Marché à terme et volatilité
Le marché à terme est-il une réponse pour atténuer la volatilité des marchés laitiers ? Négatif, selon Gérard Calbrix. «Les financiers présents sur les marchés à terme ont intérêt à la volatilité », dit-il. « Je ne vois donc pas comment cet outil donnerait plus de visibilité ». Un point de vue que ne partage évidemment pas un spécialiste des marchés à terme présent à cette rencontre. Reste que pour le représentant des transformateurs, « les marges nettes de la filière de l’ordre de 1 % ne permettent pas une grosse marge d’erreur ». Et d’interroger : « Expliquez-moi comment peut-on se couvrir avec un prix à terme de 2 000 euros/tonne avec en parallèle, un prix à la production qui monte ? ». Le débat est ouvert…