
Jacques Jaouen se félicite de la contribution des producteurs finistériens à l’élaboration du projet départemental relatif à la future organisation laitière. « Un tiers des éleveurs qui ont participé aux réunions ont répondu aux questions écrites : 328 fiches ont été dépouillées », chiffre le président de la Chambre d’agriculture qui, avec son équipe, s’est appuyé sur les propositions des éleveurs pour enrichir le projet élaboré par la commission lait.
S’assurer du soutien des éleveurs
La contribution des éleveurs ne transforme pas fondamentalement le projet initial. La principale nouveauté concerne la possible constitution d’une organisation de producteurs (OP) commune entre des agriculteurs livrant à deux ou trois laiteries différentes. Dans la nouvelle proposition, c’est également l’OP qui négocierait avec la laiterie le prix du lait pour le compte des producteurs en tenant compte des indices de tendance des marchés élaborés par l’interprofession.
Reste que ces réunions organisées sur le département ont permis aux élus de la Chambre de prendre le pouls des campagnes, d’expliquer leur stratégie… et de s’assurer du soutien des producteurs comme cherche à le mesurer la question à laquelle les participants étaient invités à répondre : « Le schéma OP/AOP vous paraît-il intéressant ? ». Réponse : oui, à 54 % ; non, à 31 % ; 15 %, « ne sait pas ».
Des certitudes, des interrogations
Au cours des réunions, « les producteurs ont montré leur attachement à leur transformateur », résume André Sergent, vice-président. « À défaut, le risque serait de voir certains laiteries aller se fournir ailleurs. On ne peut en effet pas imaginer une OP complètement détachée des transformateurs ».
La stratégie « appro » des coopératives a été un sujet régulièrement évoqué. « Les contrats ne doivent porter que sur le lait », exigent de nombreux producteurs. Face à cette inquiétude, la Chambre rappelle la nécessité pour les producteurs de s’impliquer dans les coopératives. « Entre autres les jeunes qui sont un peu zappeurs », observe A. Sergent.
Même si son rôle n’apparaît pas toujours très lisible, « l’AOP (association d’organisations de producteurs) est une instance stratégique du dispositif », estiment encore les élus. Cette AOP (Ex. : Grand Ouest) aurait pour mission principale de coordonner les stratégies des OP. Les représentants des AOP seraient dans l’interprofession aux côtés des syndicats – « tous les syndicats représentatifs », dit Jacques Jaouen quitte à déplaire à la Grande maison.
Ce serait également cette AOP qui, en s’appuyant sur la connaissance des marchés européens, définirait la discipline collective concernant les volumes.
Premières propositions à la fin 2010
Bref, au travers de ce projet, la Chambre d’agriculture espère bien apporter sa pierre angulaire à la future organisation laitière. « Une OP pourrait regrouper 4-5 milliards de litres sans que ce soit contraire aux règles de la concurrence prévues par Bruxelles », commente
J. Jaouen, en insistant sur la nécessité pour la profession de se prendre en main. « Il faut forcer le destin en faisant des propositions ».
Et d’appuyer : « La direction générale agricole de Bruxelles dit bien que la régulation n’est pas d’actualité. La priorité, c’est le budget. D’où la nécessité de s’impliquer dans la Pac post-2013 dont les premières propositions vont sortir en novembre 2010 ». Les Bretons espèrent bien que leur copie, examinée cette semaine lors d’une conférence consultative à Rennes, sera ensuite bien notée par les instances parisienne et bruxelloise.
Didier Le Du
Photo : Vendredi dernier, Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture (à droite), et André Sergent, vice-président, ont présenté le bilan de la campagne de réunions « à l’écoute des producteurs de lait ».
Délier le quota du foncier ?
Faut-il ou non supprimer le lien quota/foncier avant 2015 ? Question revenue à plusieurs reprises lors des réunions organisées par la Chambre d’agriculture. Avec cette inquiétude d’éleveurs : « S’il y a suppression du lien quota/foncier, est-ce que ça veut dire qu’on donne nos quotas aux OP ? ».
Pour les élus de la Chambre, « la suppression du lien quota/foncier est une idée à examiner car elle permettrait d’optimiser les structures laitières en améliorant l’organisation du foncier et en favorisant l’installation des jeunes ». Et J. Jaouen d’ajouter : « Ce n’est pas prôner une course à l’agrandissement. D’une part, parce que l’environnement est un facteur limitant. D’autre part, il y a les limites humaines. Sans oublier que, ce qu’il faut avant tout, c’est chercher l’optimisation de l’outil ».