Pierre Dupraz, directeur de recherches à l’Inra Rennes devait répondre lors de la 3e rencontre du Forum des savoirs consacrés à l’environnement : Quelles politiques environnementales pour l’agriculture ? On aura eu un peu de mal a trouver un fil directeur dans son intervention. Certes il a mis en avant l’impact négatif de certaines pratiques agricoles sur l’environnement, rappelé que les politiques agricoles et environnementales n’ont pas, jusqu’à présent, prouvé leur efficacité. Par contre dans les mesures à envisager, sauf à changer totalement de modèle, il n’a pas donné de pistes très crédibles. Car, lorsque par exemple, il évoque la réduction de 65 % de la production porcine, à aucun moment, il ne donne les conséquences économiques et sociales pour la Région d’un tel discours. Les professionnels présents dans la salle ont été choqués.
Jacques Weber, économiste et anthropologue au Cirad, a explicité par des exemples l’interactivité entre les comportements. Plaidant pour la biodiversité qui doit selon lui devenir une monnaie. « Le paiement pour un service rendu ». De même il défend un marché régulé, car en fonction de l’orientation et du niveau de cette régulation, les comportements changent. Par contre, il est assez acide envers le consommateur qui « a le cœur à gauche, mais le portefeuille à droite ».
On est dans l’action
Au-delà de ces discours scientifiques parfois bien loin des réalités, ce sont les deux agriculteurs présents à la table ronde qui ont fait le plus preuve de pragmatisme. Nul doute pour Gérard Guilbaud, Administrateur de la coopérative Terrena, « les agriculteurs sont prêts à jouer le jeu d’une meilleure prise en compte de l’environnement ». Pour preuve la démarche en cours dans sa coopérative autour de 90 innovations. « 8000 agriculteurs ont participé aux Terrenales, le premier salon de l’agriculture écologiquement intensive ». Il poursuit, « l’enjeu de l’eau est majeur et il nous faudra faire encore preuve d’innovation ». Il cite le goutte à goutte pour l’irrigation du maïs. « L’écologiquement intensif doit conduire à produire plus en limitant au maximum les impacts sur le milieu ».
Un discours que partage aussi Jean-Michel Tanné, président du groupement de producteurs de porcs LT. « On est déjà dans l’action ». L’exemple des BV algues vertes, avec des engagements volontaires et une contractualisation sur des mesures agro-environnementales, l’illustre. La limite reste néanmoins la dimension économique. « Il faut que cela reste supportable ». Pour les deux responsables, une convergence de vue sur le fait que les coopératives sont effectivement dans l’obligation de poursuivre leur réflexion pour aider les agriculteurs a être plus performants sur le plan environnemental. Mais ils s’interrogent aussi : « Les consommateurs sont-ils prêts à payer ».
Le débat sur l’agriculture et l’environnement reste de fait encore compliqué. Car si sur les objectifs, les avis ne divergent pas toujours, l’approche devient rapidement différente entre ceux qui intègrent les aspects, marchés, mondialisation, concurrence internationale et les autres qui sont plus dans une approche territoriale, moins productive et plus de proximité. Le débat ne fait qu’effleurer les conséquences sociales des choix, en amont, en aval ou dans la production.
Pierre Dénès