
En l'espace d'une année, l'exploitation de Frédéric et Sylvie Kerhervé a fait le plein d'innovations en matériel d'énergie renouvelable. À Moëlan-sur-mer (29), ils exploitent 4 poulaillers de 1 200 m2 (dindes) et 180 ha en cultures de vente : blé, maïs, légumes.
Du bois plaquettes
"Le coût du gaz pour le chauffage des poulaillers a été le déclic de notre réflexion", souligne l'éleveur. "La facture s'élevait à 35 000 euros/an. Après visites et études, nous avons opté pour le bois, comme nouvelle source d'énergie. Notre objectif était de mettre en place une chaudière à plaquettes fournissant de l'eau chaude aux aérothermes". Le besoin en bois a été chiffré à 250 t/an pour le chauffage des poulaillers.
L'exploitation produit plus de 80 ha de maïs grain qu'il faut sécher à l'extérieur. Pourquoi ne pas envisager une chaudière de capacité plus importante pour sécher ce maïs ? "C'est le choix que nous avons fait en mettant en place une chaudière de 1 160 kw". Elle dispose de 2 ballons d'eau chaude d'une capacité totale de 10 000 L, maintenus à une température supérieure à 80°C.
12 ha de maïs par semaine
Un répartiteur envoie cette eau chaude vers les 4 poulaillers et le séchoir à maïs, par un réseau enterré. "Dans chaque poulailler de 1 200 m2, nous avons 2 aérothermes de 70 kw qui assurent le chauffage du bâtiment".
Un aérotherme de 590 kw apporte l'air chaud nécessaire au séchoir d'une capacité de 150 t de maïs humide, soit environ 12 ha. "Nous récoltons généralement le lundi et il faut ensuite 5 jours pour sécher les 150 t et atteindre le taux de 15 % d'humidité". Le cycle dure donc une semaine pour 12 ha de maïs grain. "Avec cette pratique, nous avons rallongé le temps de récolte qui s'étale sur 6 à 7 semaines. Je choisis des variétés précoces et d'autres plus tardives".
600 t de bois par an
La chaudière est approvisionnée par des plaquettes de bois (au total 600 t. par an). Ce bois provient de récupération de palettes usagées. "Je récupère également de la plaquette bocagère auprès des élagueurs en leur fournissant le broyeur. Je suis également preneur de bois stocké sur les plateformes des entreprises d'élagage et enfin de bois de trituration. Mon objectif est d'avoir 18 mois de stockage de plaquettes". Le coût moyen est d'environ 40 euros/t. rendue, broyée et stockée.
580 m2 de panneaux solaires
Les plaquettes doivent être entreposées sous hangar, pour brûler correctement. "J'ai dû construire un hangar de 900 m2, en plus d'un hangar existant de 300 m2. Lors de cette construction, nous nous sommes interrogés sur l'opportunité de monter des panneaux solaires", déclare F. Kerhervé. La toiture du bâtiment a été conçue pour accueillir 580 m2 de panneaux solaires.
Ces panneaux ont une capacité globale de 77 Kw crète."Nous bénéficions de l'ancienne réglementation (prix de 60 ct/Kw). La production d'électricité, revendue à EDF, fluctue selon les périodes de l'année. En 1 année complète, nous devrions produire 86 000 Kw pour un chiffre d'affaires de 53 000 euros".
Retour sur investissement de 10 ans
Tous ces investissements ont été réalisés dans l'année 2009. Le coût global dépasse 740 000 euros dont 411 000 euros pour les panneaux solaires, 100 000 euros pour le bâtiment de stockage de plaquettes, 260 000 euros pour la chaudière et le réseau et 60 000 euros pour le séchoir à maïs.
"C'est un investissement lourd, nous sommes satisfaits de l'avoir réalisé dans de bonnes conditions. Le délai de retour sur investissement devrait être globalement de 10 ans. Il serait de 12 ans pour les panneaux solaires, de 6 à 7 ans pour la chaudière et de moins de 4 ans pour le séchoir".
Frédéric considère en effet le séchoir de maïs grain comme l'investissement le plus rentable économiquement. "Il me permettra d'économiser 25 euros/t de frais de séchage et d'améliorer de 15 euros, le prix de vente en décalant la commercialisation de quelques mois. Au total, un gain de 40 euros/t. sur 500 t. de maïs, soit 20 000 euros/an".
Cette exploitation a ouvert ses portes dans le cadre de l'opération "Innovations" des Chambres d'Agriculture. "Elle montre la possibilité offerte aux agriculteurs de tirer parti des énergies renouvelables, malgré une conjoncture peu favorable dans les différentes productions", souligne Hervé Prima, président du Comité de Développement. "Nous sommes dans une région déficitaire en énergie. Si nous ne participons pas à la production d'énergie renouvelable, d'autres le feront à notre place. Chaque exploitation a des atouts, il faut s'adapter en conséquence".
Patrick Bégos
Photo : Frédéric Kerhervé (ici devant la ramasseuse de dindes) a accueilli les éleveurs pour partager son expérience dans la mise en place d'une chaudière à plaquettes et de panneaux solaires.
De la ramasseuse de dindes à la pailleuse
Les visiteurs ont pu découvrir deux autres investissements réalisés les années passées. La ramasseuse de dindes (40 000 euros) facilite les enlèvements en fin de lots. Les animaux montent eux-mêmes sur un convoyeur qui les conduit jusqu'au camion. Il faut 5 personnes au total contre 10 pour le ramassage manuel, pour un temps de travail quasiment équivalent. La machine nous évite de porter les dindes, un atout important dans le contexte actuel d'alourdissement des animaux.
La pailleuse a été achetée en 2008 (17 000 à 18 000 euros). L'éleveur utilise de la paille broyée par ensileuse et stockée sous hangar. La pailleuse de 10 m3 reste à l'extérieur, elle est reliée à un tuyau suspendu à un rail, à l'intérieur du bâtiment, pour le transfert de la paille. L'éleveur n'a donc qu'à guider ce tuyau pour répartir la paille. "Je n'hésite plus à pailler", confie l'éleveur. "L'opération me demande 1 heure par bâtiment, soit une matinée pour l'élevage".