
Aflatoxines, ochratoxines, fumonisines, zéaralénones ou autres trichotécènes, toutes ces mycotoxines ont des effets plus ou moins néfastes sur la santé des animaux. « Le problème, c'est qu'elles n'ont pas de structure chimique commune », avance Christian Tenier, de Biomin France, intervenu lors d’un forum sur les contaminants à l’Afssa Ploufragan. Difficile donc d'adopter une même stratégie de lutte. « Il nous faut connaître les caractéristiques chimiques et toxiques des diverses mycotoxines, tant pour la recherche en matière de prévention que pour l'étude des moyens de parer à une contamination ». Transformer les toxines en métabolites non toxiques, grâce à des micro-organismes. Encore faut-il que ces bactéries ou levures soient efficaces dans un environnement complexe, tel qu'un aliment composé, et n'altèrent pas les différents nutriments. Leur activité doit être indépendante de la teneur en oxygène du milieu et être stable à différentes valeurs de pH.
La Don dans le rumen
Un eubactérium répond à ces exigences. « Cette bactérie produit des enzymes spécifiques qui détoxifient les trichothécènes dans le tractus intestinal des animaux ». En d'autres termes, elle annule l'effet dévastateur de la Don, plus connue sous le nom de vomitoxine. Chez le ruminant, l'eubactérium peut agir dans le rumen. « Le rumen du bovin n'est pas un filtre parfait. 5 ppm de Don mélangée à du liquide ruminal ne provoque qu'une diminution de 25% de la quantité de toxines. Cet abattement atteint 95% quand on y ajoute l'eubactérium, au bout de 24 heures ».
Autre dévoreur de mycotoxines, le trichosporon mycotoxinivorans dégrade aussi bien la zéaralénone, perturbateur de la reproduction, que l'ochratoxine. « Cette levure provient du tube digestif de la termite. Elle lutte contre les effets négatifs de l'ochratoxine sur les cellules immunitaires et les performances des poulets de chair ». Les essais réalisés sur des lots de poulets nourris avec un aliment à base de maïs et de soja contaminé (500 µg/kg) montrent des résultats de performance totalement différents, selon l'incorporation ou non de trichosporon. La mortalité est deux fois plus importante sur les lots non traités et les indices de consommation sont plus élevés.
Les fumonisines trouveront prochainement de sérieux adversaires. « Un projet récent a conduit à la découverte de micro-organismes capables de dégrader les fumonisines. Une bactérie semble prometteuse pour une application pratique ». Des investigations supplémentaires devront être réalisées. Dans tous les cas, la gestion du risque passe par la qualification des matières premières utilisées sur l'élevage et par la connaissance de la sensibilité de l'animal. En production porcine, par exemple, la prévention nécessite de cibler prioritairement l'aliment des truies.
Bernard Laurent
Photo : Les matières premières peuvent contenir des mycotoxines. Des micro-organismes transforment les toxines et limitent les effets néfastes sur la santé des animaux.
Le porc est l’espèce la plus sensible
Les aflatoxines altèrent le système immunitaire ; les signes cliniques peuvent aller d'une diminution de consommation à une hépatose, voire à la mort. Parmi les trichotécènes, la Don (vomitoxine) réduit la consommation, diminue la croissance des porcs et provoque des vomissements. La zéaralénone provoque principalement des effets œstrogéniques. Elle augmente le nombre d'avortements et de morts nés ou l'apparition de vulves rouges et de fausses chaleurs. Les fuminosines causent l'œdème pulmonaire. Les ruminants adultes sont plus résistants en raison de la capacité de certains micro-organismes du rumen à détoxifier partiellement les mycotoxines. Ces toxines peuvent néanmoins provoquer de nombreuses maladies ou troubles de la reproduction.