
Les semis de céréales ont été très étalés, du 20 octobre en Ille-et-Vilaine à février en Finistère. Généralement, les agriculteurs de l'extrême Ouest breton sèment tardivement, sans pénalisation. "En 2010, les conséquences seront importantes,", souligne Eric Masson, d'Arvalis. Un tiers des surfaces du Finistère a été semé en janvier-février, contrairement à Ille-et-Vilaine, où la grande majorité a été semée à la bonne date.
Humide et froid
"Ces conditions difficiles en semis tardifs ont été aggravées par l'humidité et le froid qui ont occasionné des pertes importantes à la levée", poursuit l'ingénieur régional. "La phase de tallage s'est déroulée en mauvaises conditions". L'essai de Plélo (voir tableau) résume bien la situation : le retard de la date de semis a augmenté le nombre de jours nécessaires à la levée et le taux de pertes qui passe de 5 % à 35 %.
"L'hiver froid a également retardé le stade épi 1 cm, en moyenne de 15 jours. Il y a eu peu de précipitations entre le début avril et la fin mai". Dans les Côtes d'Armor, ces précipitations n'ont pas dépassé 12 à 20 % des normales (entre 5 et 30 mm contre 100 à 150 mm). "Avec si peu d'eau, l'absorption de l'azote n'a pas fonctionné. La biomasse est donc déficitaire et il y a eu régression de talles".
Manque d'épis
Dans les blés semés à la bonne date, on peut observer un niveau d'épis inférieur de 15 à 20 % au potentiel d'une année moyenne. En situation de semis tardif, le potentiel est bien plus altéré : on peut chiffrer le manque d'épis à 40 % par rapport à une situation normale. De plus, quelques parcelles ont été touchées par des gels d'épis.
"Les journées aux températures modérées, depuis le début juin, sont idéales pour un bon remplissage des grains", explique Eric Masson. "Il faut craindre les fins de cycles chaudes". Toute journée dont la température est supérieure à 25°C peut entraîner une baisse du PMG. "En 2010, le potentiel des céréales est donc altéré, d'autant plus que le semis était tardif. La perte pourrait se situer entre 10 % du rendement et 40 % (semis tardif). Par contre, le taux de protéine pourrait être supérieur".
Peu de maladies
En revanche, l'absence de pluie durant la montaison a fortement limité la pression de septoriose, une situation également inédite. Seules, quelques parcelles ont subi une pression de rouille jaune. Les pluies récentes ont pu favoriser la fusariose sur des variétés sensibles, au stade début de floraison et une montée de septoriose tardive, moins préjudiciable sur le rendement. Quelques parcelles ont été sujettes aux pucerons.
Les parcelles d'orge ont souffert de la sécheresse. En orge, le nombre d'épis fait le rendement et il y a peu de capacité de récupération, par le nombre de grains par épis. Les pluies de fin mai ont été bénéfiques, mais l'orge ne compensera pas la perte de potentiel. Le triticale s'en sort mieux et semble moins pénalisé. Le nombre de grains par épi est élevé, il permet une certaine compensation. Les maladies ont été quasiment absentes, à l'exception de la rouille jaune sur Collégial et Tarzan.
"Comme les années précédentes, 2010 montre clairement que les meilleurs résultats sont obtenus avec des semis réalisés entre le 25 octobre et le 10 novembre", résume Eric Masson. "Au-delà, on n'est pas à l'abri de pluies importantes, de conditions d'implantation difficiles et d'une pénalisation du rendement".
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Antoine Bray et Eric Masson, ingénieurs régionaux d'Arvalis.
Un maïs hétérogène
Le maïs a été généralement semé en bonnes conditions. "La levée a été étalée et parfois hétérogène ", souligne Antoine Bray, d'Arvalis. La pression des ravageurs a été inférieure à celle de 2009, mis à part quelques dégâts de corbeaux. "Le désherbage n'a pas été facilité par les conditions climatiques. La pré-levée a été faible, compte tenu des conditions sèches. Quant à la post-levée, elle a souvent été réalisée sur des plantes adventices développées, avec quelques échecs. Le double passage en post-levée a été plus efficace".
Redressement des protéagineux
Les surfaces de protéagineux ont connu un timide redressement en Bretagne en 2010 (majoritairement des pois de printemps et de la féverole). Les semis ont été réalisés tardivement. "Les conditions sèches d'avril-mai ont suscité quelques inquiétudes, mais le retour des pluies a été bénéfique", déclare Michel Moquet, d'Arvalis. "Le développement végétatif est moyen à fort, mais cela ne préjuge pas du potentiel de grain. Il est encore tôt pour estimer les composantes de rendement, mais on peut être optimiste, selon le type de sol". L'alimentation animale reste le principal débouché et la filière est sensible à l'écart de prix entre protéagineux et blé.