
Sur son exploitation située à quelques dizaines de kilomètres de la frontière allemande, Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ne manque pas de jeter un œil de l’autre côté du Rhin. « Les Allemands qui ont une gestion de quotas avec location d’un producteur à l’autre ne veulent plus de ce système car il représente une charge supplémentaire pour l’exploitation », a-t-il expliqué lors de la journée laitière « Producteurs laitiers, voulons-nous rester en première division?», organisée par la FDSEA.
Pour autant, D. Ramspacher, qui est aussi membre du bureau de la FNPL, ne loue pas aveuglément la politique laitière d’outre-Rhin où « le marché est acté ».
Dallas ou l’exception française
« Si on veut du tout libéral, nous n’avons pas besoin de politique agricole commune », poursuit D. Ramspacher. Et de défendre l’accord du 3 juin 2009 qui a abouti à payer le lait français 40 € de plus que le lait allemand. «Sinon, comment aurait-on résisté aux 180 €/1 000 litres ? », interroge-t-il.
Christophe Hamon, directeur de Breiz Europe, qui se défend d’être un chantre de l’ultralibéralisme, bout sur sa chaise face à de tels propos. « En 2002, les producteurs français étaient plus compétitifs que les Allemands après la réunification. Puis, en 2004-2005, l’Allemagne a posé les bases d’une nouvelle économie laitière. Aujourd’hui, son programme, présenté au milk forum de Berlin, est mis en application ».
« Pendant ce temps, en France, c’est Dallas », ironise C. Hamon. « La profession, relayée par l’administration, a toujours véhiculé l’idée de l’exception laitière, à savoir que la production laitière n’entrerait pas dans la réforme de la Pac. Faux. Aujourd’hui Dallas continue : La LMA représente la politique agricole telle qu’on la souhaiterait et non pas comme elle l’est. L’appel de Paris, centré sur la contractualisation et qui à l’origine devait concerner 21 pays, n’a finalement été signé que par la France et l’Irlande ».
S’inscrive dans la configuration du marché
Bref, pour le directeur de Breiz Europe, il est temps que la France laitière s’inscrive dans la configuration du marché. « Nous avons déjà été suffisamment bernés par plus de 20 ans de quotas qui ont provoqué une aculture économique dangereuse pour l’avenir ». Et de craindre qu’un telle position arc-boutée ne conduise le lait dans la même situation que la volaille : « 40 % de la volailles consommée en France vient d’ailleurs. Et pas forcément du Brésil, mais des autres pays européens ».
Le Breton de Bruxelles ne s’arrête pas là. « Qu’est-ce que c’est que ce bazar de contractualisation à la française – je ne sais même pas de quoi l’on parle depuis 18 mois – qui va vers l’intégration que l’on connaît en volailles. Il ne faudra pas s’étonner qu’après on soit obligé de passer par la case restructuration dans la douleur car la France sera mal placée sur les marchés ».
Les responsables de la section laitière de la FDSEA du Finistère opinent du chef en écoutant les propos du lobbyiste breton. Sans pour autant qu’ils ne renoncent à la nécessité de fédérer les producteurs. « C’est la préoccupation première du syndicalisme qui n’a pas de vocation à créer des groupements de producteurs mais d’accompagner les initiatives ».
Didier Le Du
Photo : Mardi, la FDSEA a organisé une journée laitière au Nivot. De gauche à droite : Serge Le Doaré, section lait FDSEA 29 ; Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin ; Franck Guéhennec, président de la section lait FRSEA ; Christophe Hamon, Breiz Europe.
Allocation de 5 % imminente ?
« La nouvelle organisation laitière défendue par la FDSEA doit s’accorder avec souplesse à la réalité du marché ». Un adhérent réclame d’emblée une attribution de 10% de référence supplémentaire à tous les producteurs pour que la France fasse son quota national. « Sachant que 10 % de référence supplémentaire attribuée ne se concrétisera que par 3-4 % de production supplémentaire », prédit-il.
Serge Le Doaré, membre du bureau, approuve la nécessité « d’une plus grande réactivité sur les volumes. La campagne laitière n’est-elle pas trop longue pour ajuster la production ? », interroge-t-il. Et François Plougastel de déclarer : « J’espère que le 22 ou 23 juin, on pourra vous annoncer des allocations de 5 % ».