
Les exportations sont le moteur de l'industrie agro-alimentaire allemande avec un volume de 50 milliards d'euros, resté stable en 2009, malgré la crise", explique Susanne Schlaack, conseillère agricole à l'Ambassade d'Allemagne à Paris, lors de la journée partenaires de CER France Côtes d'Armor. Les exportations de viandes et produits carnés ont même augmenté de 1,3 %. La tendance se poursuit encore en 2010, avec une augmentation de 1,9 %.
Doublé en 10 ans
"Au cours des 10 dernières années, les exportations agro-alimentaires ont doublé et l'Allemagne est devenu le 3ème exportateur mondial". Les PME constituent, dans les zones rurales, le maillon essentiel du tissu industriel agro-alimentaire et les exportations sont le moteur de leur croissance. "La réunification a amélioré notre compétitivité, grâce aux grandes exploitations de l'Est", ajoute S. Schlaack. L'Allemagne a encouragé une "industrialisation" de son agriculture et vise une place de leader sur les marchés.
L'Allemagne est-elle trop compétitive ? "Ce débat français nous a beaucoup surpris", répond S. Schlaack. Les facteurs tarifaires ne constituent que l'un des éléments de cette compétitivité, les aspects qualitatifs sont aussi cruciaux. "Nous devons lutter pour nous imposer sur le marché intérieur européen, où les conditions sont les mêmes pour tous. L'Europe n'est pas un jeu à somme nulle. La compétitivité de l'un ne se fait pas au détriment de l'autre". La conseillère n'a pas répondu aux questions précises sur la TVA ou le coût de la main-d'œuvre.
Baisse du revenu
"Nous ne sommes pas à l'abri de la crise", souligne la conseillère. Le revenu agricole par actif a baissé de 21 % par rapport à 2008. En septembre dernier, 59 % des agriculteurs jugeaient leur situation économique défavorable ou mauvaise. Un plan d'aide exceptionnel de 750 millions d'euros a d'ailleurs été lancé, fin 2009, pour atténuer les effets, avec une prime à l'herbe de 37 euros/ha, une prime à la vache de 21 euros, une revalorisation de l'enveloppe assurance et un programme destiné à compenser la crise des liquidités.
L'Allemagne considère que le modèle agricole européen a fait ses preuves et s'est consolidé, depuis la réforme de la Pac en 1992. L'agriculture s'est davantage orientée vers le marché. "Ce n'est pas l'Etat qui fixe les quantités et les prix", estime S. Schlaack. Le débat sur la Pac porte surtout sur 2 points : les dépenses et la répartition des paiements entre les différents Etats membres. "Il faut continuer à appliquer le modèle à deux piliers, avec les paiements directs et une politique ambitieuse pour les zones rurales".
Compétitivité et filet de sécurité
"Nous devons renforcer la compétitivité et le filet de sécurité comme protection contre les crises exceptionnelles", souligne S. Schlaack. Les aides directes contribuent à garantir le revenu. "Les autres Etats membres doivent continuer à avancer sur la voie des aides directes totalement découplées et de l'harmonisation des primes régionales à la surface".
"Dans la coopération France-Allemagne, il reste encore beaucoup à faire", pense la conseillère. "Les désaccords se concentrent surtout sur la régulation des marchés, la compétitivité du secteur agro-alimentaire et les aides directes, mais le couple franco-allemand sera toujours le moteur de l'UE, il n'y a pas d'alternatives".
Patrick Bégos
Photo : Susanne Schlaack, première conseillère agricole à l'Ambassade d'Allemagne à Paris.