
Elle mériterait d'être davantage observée par les autres secteurs agricoles, cette organisation légumière bretonne qui s'est bâtie sur plus de 40 ans, fonctionnant en OP et AOP (Association d'Organisations de Producteurs) implantées sur le territoire. Cette construction a toutefois été mise à mal par la refonte de l'organisation économique décidée par l'Etat. Plus d'un an après sa mise en place, les responsables de l'AOP Cerafel continuent à être en total désaccord avec les orientations prises, amenant au transfert des centres de décisions des régions vers le national.
Lors de l'assemblée générale de l'AOP Cérafel, le 9 juin à Tréguier (22), le président Joseph Rousseau a rappelé : "Le premier niveau de la construction doit reposer sur des OP fortes, disposant de moyens humains et matériels nécessaires pour mener leurs missions. Si elles sont en confiance et le souhaitent, ces OP peuvent ensuite s'appuyer sur un deuxième niveau à l'échelle d'une région ou d'un bassin".
C'est à ce niveau qu'ont été menées des actions de prévention, de gestion des crises et de recherche – expérimentation en Bretagne. Cette organisation est consolidée par l'extension des règles, rendant obligatoire le paiement de cotisations par les producteurs au Cerafel, pour la mise en place des actions. Du point de vue du Cerafel, le niveau national, troisième étage de la construction doit rester léger.
"Les crises sont inévitables"
"Le secteur des fruits et légumes est ouvert et atomisé, avec des marchés extrêmement fluctuants. Les crises y sont
inévitables. Les organisations qui interviennent sur le marché doivent donc être unies et proches des producteurs, tant pour des questions de réactivité que de lisibilité", a réaffirmé Joseph Rousseau.
"Le niveau interprofessionnel ne peut intervenir qu'en accompagnement de cette construction, pas en substitution comme le laisse à penser le projet de Loi de modernisation agricole". Dans ce projet, les responsables du Cérafel se montrent encore plus inquiets au sujet de la généralisation des contrats, "qui va entraîner un nivellement des prix".
Présent lors de la réunion, François Lafitte, président de Fédécom (Fédération des Comités économiques de fruits et légumes) a déclaré : "la réforme engagée est dans une situation difficile. Ses résultats ne sont pas probants". Et d'ajouter : "L'organisation économique n'a plus la capacité de drainer des moyens issus des professionnels pour mettre en place des actions collectives". A titre de comparaison, le budget cumulé des AOP nationales en 2009 est deux fois inférieur à celui des Sections nationales auparavant.
Reconnaissant les atouts de l'organisation économique bretonne, Louis Biannic, directeur de la Draaf, a invité les responsables du Cerafel, qui ne sont plus directement présents dans le circuit national, à "dépasser la logique de l'affrontement et à revenir autour de la table". En fin d'assemblée générale, le Draaf a remis la médaille d’Officier du mérite agricole à Jean-Guy Guéguen, maire de Carantec et ancien président du Caté, la station d'essais de Saint-Pol-de-Léon.
Agnès Cussonneau
Photo :De g. à dr. : Louis Biannic (directeur de la Draaf), Joseph Rousseau (président de l'AOP Cérafel) et Yvon Auffret (directeur).