
Lors d'un renouvellement de matériel, face à une offre toujours surenchérie, les agriculteurs en Cuma sont amenés à se poser de nombreuses questions : "Faut-il opter pour une machine plus puissante ? Augmenter la largeur de travail ? Prendre telle ou telle option ?" Souvent, les points de vue divergent. Sans doute, se rapproche-t-on de la réponse en se posant d'autres questions : "Quelle est l'utilité de cette puissance, de cette technologie ? L'investissement est-il adapté aux structures des adhérents de la Cuma ?", comme le rappelle Joseph Chabin, président de la Fédération Départementale des Cuma (FDCuma).
Achats raisonnés et adaptés
Lors de l'assemblée générale le 4 juin à Bédée, cette problématique a été illustrée par deux témoignages de présidents de Cuma qui ont opté pour des approches différentes. A la Cuma l'Union de Romillé, les achats sont raisonnés et adaptés aux producteurs qui ne recherchent pas forcément des matériels toujours plus élaborés ou larges. "La moyenne des surfaces est de 40 ha. Nous n'avons pas des parcellaires adaptés aux grosses machines", explique Armel Lemétayer, le président.
Quand la moissonneuse et l'ensileuse ont été acquises, des bulletins d'engagement ont été demandés aux producteurs, pour fidéliser et appuyer l'investissement. Généralement, le budget d'investissement se fait en tenant compte du potentiel d'activité.
Abaisser les coûts
A la Cuma de Piré-sur-Seiche, les investissements sont plus lourds, mais s'inscrivent toujours dans l'objectif de faire baisser les charges de mécanisation des adhérents. Par exemple, la Cuma a investi en 2007 dans une tonne à lisier de 20 000 L, équipée d'une rampe à pendillards, avec DPA (Débit proportionnel à l'avancement) et GPS. "Nous avions un potentiel de volume de lisier dans la Cuma et nous souhaitions améliorer la qualité d'épandage et réduire les nuisances", argumente le président Paul Diot.
Et de préciser : "Une telle tonne nous permettait d'augmenter le débit de chantier. Le GPS nous a permis de travailler en 2X8". Au final, le coût pour le producteur ne dépassait pas 1,4 euro/m3 rendu au champ, avec une très bonne répartition. Autre achat qui permet d'augmenter la productivité de chantier : un combiné de semis 4,5 m. "Il s'adapte aux tracteurs de nos adhérents aujourd'hui plus puissants".
Importance de la formation aux technologies
Pour Julien Saint Laurent, responsable agriculture de précision chez New Holland France, on peut gagner en productivité sans forcément augmenter la puissance des matériels. "L'autoguidage par GPS par exemple facilite le travail du chauffeur et réduit la fatigue. Et le tracteur peut être utilisé plus longtemps avec la possibilité de travailler la nuit. Le guidage n'est pas plus cher que 20 CV supplémentaires sur le tracteur".
Comme le précise Pierre Havard, responsable de la station des Cormiers, les avancées techniques ont parfois leurs limites. Exemple avec les épandeurs qui peuvent transporter des tonnages de plus en plus importants. "Ils sont beaucoup plus productifs aujourd'hui, mais affichent une moins bonne qualité de répartition. De plus, ils provoquent des tassements préjudiciables à la fertilité des sols". Autre limite, "les progrès technologiques ne servent à rien si les agriculteurs ne sont pas formés pour se les approprier". Un réel besoin existe sur ce point.
Agnès Cussonneau
Photo : Paul Diot (à gauche), président de la Cuma de Piré-sur-Seiche, et Armel Lemétayer, président de la Cuma l'Union de Romillé.
La traction pèse 50% dans les coûts de mécanisation
Vincent Laizé, directeur de la FDCuma, rappelle que les coûts de mécanisation représentent 40% des charges de structure. Ils s'établissent en moyenne à 400 euros/ha, avec des écarts très importants entre structures. Autre donnée mise en exergue : la traction pèse 200 euros/ha, soit la moitié des coûts de mécanisation. "La maîtrise de ce poste est donc essentielle. Et il faut arrêter de croire que le coût de traction peut être pris en charge par la baisse de fiscalité". Le responsable met en avant des techniques qui font leurs preuves pour abaisser les charges de mécanisation : le travail du sol simplifié et l'optimisation des parcellaires.
Les Cuma d'Ille-et-Vilaine en chiffres
- Les 200 Cuma regroupent
4 000 adhérents
- En 2009, l'investissement est estimé à 9,8 millions d'euros.
- 59 Cuma sont employeuses de main d'œuvre.