
Un agriculteur est au taquet au niveau travail. Un autre doit régulièrement faire face à des pointes de travaux. La situation n’a rien d’exceptionnel dans les exploitations finistériennes. Elle est d’ailleurs commune. D’où l’initiative des professionnels de la FDSEA, de JA et de Finistère Remplacement de créer Partag’emploi, une structure légère dont la mission est de fournir un complément de main-d’œuvre aux exploitations.
Des groupes de 2 à 5 agriculteurs
Un an après sa création, ce groupement d’employeurs départemental a constitué neuf groupes réunissant en tout une trentaine d’agriculteurs. « Des groupes de 2 à 5 agriculteurs », précise Michel Morvan, président, reconnaissant que « la conjoncture a ralenti l’adhésion des agriculteurs au groupement. Rien de surprenant quand on connaît l’état des trésoreries ».
Dans la pratique, un groupe est constitué d’agriculteurs qui se trouvent dans un rayon de 20-25 km. Le groupe s’engage à employer un salarié à plein temps, avec tout de même la possibilité de se désengager au bout de 6 mois.
Toutes les combinaisons sont bonnes pour arriver à 169 heures par mois : un jour par semaine chez un premier agriculteur, deux jours chez un autre, etc. « Notre objectif est de proposer des emplois à durée indéterminée. Pour la pérennité du groupe, mais aussi parce nous considérons que nous avons une responsabilité sociale », indique Stéphane Charron, directeur. Et Gilles Tanguy, vice-président, d’appuyer : « La profession ne voulait pas laisser ce champ au secteur de l’intérim ou au recours à la main-d’œuvre étrangère. Nous affichons là une certaine déontologie au regard de la qualité de l’emploi ».
À partir de 125 euros par jour
L’avantage de la formule réside aussi dans le fait que l’agriculteur n’a pas à se préoccuper de formalités administratives qui sont toutes établies par le groupement d’employeurs. La seule chose à faire est de régler la facture : à partir de 125 euros/jour.
Un coût qui au premier abord peut paraître élevé, mais qu’il faut analyser en terme de retour. « C’est le veau qui ne mourra pas parce que l’on a plus de temps pour le soigner. C’est la panne que l’on évitera parce que l’on a pris le temps de vidanger le tracteur. C’est sa propre santé que l’on préservera parce qu’on n’est plus toujours débordé et fatigué ». Mardi dernier, lors de la première assemblée générale du groupement, un éleveur d’une centaine de truies a témoigné qu’il lui en coûtait « 2 euros par porc pour l’emploi d’un salarié une semaine sur 5 ».
Un témoignage qui conforte la volonté des responsables professionnels de développer ce service qui s’adresse à tout profil d’agriculteur. « Y compris les jeunes qui, au moment de leur installation, font des journées à rallonge au risque d’hypothéquer les résultats techniques et leur santé. Parfois, quelques heures par semaine suffisent à redonner un peu d’air », note Cédric Petton, secrétaire et représentant les Jeunes Agriculteurs.
Donner un peu d’air : c’est sans doute la meilleure définition de cette prestation complémentaire de l’embauche directe ; voire des services de remplacement qui légalement ne peuvent pas consacrer plus de 20 % de leur activité au complément de main-d’œuvre.
Didier Le Du
Photo : Un an après sa création, Partag’emploi a tenu sa première assemblée générale présidée par Michel Morvan (au centre sur la photo).
Porc et volailles
À la demande des éleveurs de porc, Partag’emploi étudie la possibilité d’élargir ce service de complément de main-d’œuvre à la maintenance du matériel en élevage. « C’est-à-dire pour tous ces travaux d’entretien qui se font au fil de l’eau lors d’un changement de salle par exemple », indique Michel Morvan qui insiste : « Nous n’avons aucune ambition de nous substituer aux entreprises artisanales, mais bien de répondre à une demande d’éleveurs confrontés à l’absence d’entreprises intervenant sur ce créneau de dépannage et de maintenance. Dans tous les cas nous restons dans la compétence qui est la nôtre ». Si ce projet aboutit, il pourrait déboucher sur l’embauche d’électromécaniciens.
Le groupement départemental a également démarré deux groupes en production avicole. Objectif : apporter un complément de main-d’œuvre pour les travaux d’entretien, la préparation du poulailler, voire la délégation du bâtiment pendant les congés.