
Quels arguments faut-il brandir pour convaincre les éleveurs de l’intérêt de l’herbe dans les rations des laitières ? Certains matins, les spécialistes de l’herbe des Chambres d’agriculture de Bretagne doivent certainement se poser la question. Le net avantage de ce fourrage en termes de coût alimentaire ne suffit pas à convaincre les éleveurs si l’on en croit la tendance bretonne.
Une analyse comparative poussée jusqu’aux charges de structure apporterait certainement des éléments de choix supplémentaires. Avec toujours cette difficulté de bien ventiler les charges par poste. Encore plus quand on approche la main-d’œuvre. Et comment évaluer « l’effet de l’herbe sur la santé des animaux », interroge Remi Bodiou, président de la FDCuma 29, lors d’un forum-débat organisé dans le cadre du salon Mécafourrages qui se tenait à Saint-Thégonnec, le 26 mai.
Un fourrage discount
Pour l’heure, faute de fumer sur l’herbe, il faut le plus souvent se contenter des charges opérationnelles. « Du maïs, 365 jours par an, c’est 55 €/1 000 litres de coût alimentaire. En système herbager (50 ares/VL) avec fermeture du silo pendant 6-7 mois, c’est en moyenne 35 €/1 000 litres », cite Pascal Le Cœur, Chambre d’agriculture 29. Et de faire valoir que le rapport couramment cité de 1-3-8 (prix de l’herbe ; prix du fourrage conservé ; prix du concentré) est passé à 1-4-10. Autrement dit, le concentré coûte 10 fois plus cher que l’herbe pâturée ; le maïs 4 fois plus cher que l’herbe.
Fourrage discount, l’herbe n’en est pas moins de qualité. « Quasiment 1 UF/kg de MS et 150 g de PDIN », indique P. Le Cœur qui compare la pâture à un « concentré au champ ». Et d’ajouter : « Dans notre réseau « observatoire de l’herbe », un éleveur sur deux ne distribue d’ailleurs pas de concentré au pâturage ».
L’hiver, « l’ensilage d’herbe de bonne qualité permet de réduire la quantité de concentré, » complète Gérard Losq, Chambre d’agriculture 22, qui cite une économie potentielle de 5 €/1 000 litres « quand la qualité est au rendez-vous ».
Aller chercher les 10 tonnes de MS
Reste que si l’on veut tendre vers un rendement approchant de celui qui est couramment atteint en maïs, il ne suffit pas de faire la cueillette d’herbe. « Il faut aller chercher le rendement », poursuit P. Le Cœur. « Un herbager va dans ses pâtures et fait consommer. C’est-à-dire qu’il entre les vaches à 10 cm de hauteur et a le courage de réaliser une sortie assez bas. Cette façon de faire permet d’atteindre des rendements de 10 tonnes, voire 12-13 tonnes dans des bonnes terres ».
Le pâturage s’adapte même aux grands troupeaux. C’est ce qu’explique pour sa part Jean-Marc Seuret, Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor, qui ne nie pas qu’en règle générale, agrandissement de troupeau se conjugue avec diminution de la part d’herbe. « Potentiellement, en Bretagne, on est à 50 ares accessibles par vache pour 30 ares réellement pâturées », chiffre-t-il pour montrer la marge qui reste en moyenne sous le pied pour mettre les vaches dehors même si le troupeau s’agrandit.
Certes, un grand troupeau nécessite d’adapter sa conduite. Pas besoin de dessin pour décrire l’état d’une parcelle piétinée par 100 vaches après 50 mm de pluie. « Les risques sont exacerbés. Il faut donc prévoir les entrées, les chemins en conséquence ». Et pourquoi ne pas adopter la conduite en deux lots comme font certains éleveurs anglais. « Voire constituer un lot de vaches en seconde partie de lactation conduites en monotraite, ce qui autorise de les envoyer dans les parcelles les plus éloignées ». Et donc d’augmenter éventuellement la surface pâturable.
Didier Le Du
Élevage Thomas, Ploudalmézeau (29)
Dominique Thomas, éleveur
« 17 euros de coût alimentaire »
Actuellement en conversion bio, l’élevage de Dominique Thomas est orienté 100 % herbe. «18-20 ha situés autour du siège d’exploitation sont réservés au pâturage des laitières », dit-il. La mise à l’herbe a lieu en février pour arriver à une ration 100 % pâturée en avril. « L’hiver, la ration est constituée de foin séché en grange, de betteraves (3-4 kg MS) et de colza semé en dérobée que je récolte deux fois par semaine ».
Ce rationnement contribue à obtenir un coût alimentaire moyen de 17 €/1 000 litres dont 7 € de concentré.
La particularité de cette exploitation est d’avoir opté pour le séchage en grange, solution technique qui permet de récolter un foin de qualité. « Je sème des mélanges adaptés au séchage », explique D. Thomas. Et de citer l’exemple de luzerne semée sous couvert d’avoine + trèfle blanc + dactyle + fétuque. « Avant, je semais du trèfle violet, mais le rendement est meilleur avec la luzerne. De même, pour rabattre le dactyle, je fais un premier passage avec les génisses ». De quoi bien préparer la 1ère fauche qui a lieu début mai et la seconde 35-40 jours plus tard.