
Des panneaux photovoltaïques ? ça ne m'intéressait pas…", note Yves Tiriau, sourire aux lèvres. Trop balisé, trop simple presque pour cet agriculteur de Bais (35) qui souhaite apporter sa pierre à l'édifice des énergies renouvelables. C'est plutôt vers un projet plus complexe de méthanisation qu'il s'est tourné, ancré dans le système d’exploitation qu'il gère avec sa femme Noëlle (280 000 L de lait, 194 truies naisseur engraisseur, 112 ha de SAU). "Nous avons du fumier et du lisier à disposition. D'autres matières organiques pourront être apportées dans le digesteur : intercultures (ray-grass…), cannes de maïs grain, co-produits de l'usine d'aliment située à 20 km", a détaillé l'agriculteur, lors d'une porte ouverte organisée par le Ceta 35.
L'un des objectifs affichés est "l'autonomie environnementale". "Nous souhaitons ne plus du tout acheter d'engrais minéraux. Le digestat issu de la méthanisation est très soluble, donc rapidement assimilable par les plantes. Et il n'a plus d'odeur", explique le producteur qui devra par ailleurs revoir son plan d'épandage, notamment par rapport au phosphore.
L'eau chaude pour la soupe des porcs
Alimenté par les biogaz, le cogénérateur va produire de l'électricité revendue à EDF. "Peut-être qu'à l'avenir le gaz pourra être directement injecté dans le réseau public, à condition de le purifier (pour ne garder que le méthane), le normer et prendre en compte la sécurité quant à la pression". Les subventions proposées par l'Etat et les collectivités territoriales (25 à 30% en moyenne) et le prix de rachat d'électricité dépendent de la valorisation de l'eau chaude. "Nous allons l'utiliser pour chauffer le digesteur, la maison, la porcherie, comme eau chaude sanitaire et pour la soupe des porcs. L'indice de consommation devrait de ce fait être amélioré", précise l'agriculteur.
Côté travail, l'astreinte prévue par le producteur se situe autour de deux heures quotidiennes. Le dimensionnement (installation de 100 kW) a été adapté au risque financier que peut supporter l'exploitation. Pas question pour Yves Tiriau de s'associer avec d'autres structures pour monter un projet de plus grande envergure. "Je veux pouvoir piloter mon outil", apprécie l'agriculteur.
La pré-étude réalisée par les producteurs aboutit à un montant d'investissement, sans compter la séparation de phase, de 745 000 euros (digesteur, fosse de stockage, local technique, aménagement thermique, plateforme silos, terrassement…). "Nous avons estimé le retour sur investissement à 7 ans", chiffrent les producteurs qui devraient débuter la construction au plus tôt en 2011.
Agnès Cussonneau
Diversifier, pour réduire les risques
Pour Yves et Noëlle Tiriau, la méthanisation permet non seulement d'abaisser l'impact de leur exploitation sur l'environnement, mais aussi de diversifier l'activité et de réduire les risques. Dans cet objectif, ils ont par ailleurs travaillé sur l'autonomie en céréales, pour ne pas subir les fluctuations de prix. A l'heure où la main d'œuvre est devenue plus rare, les producteurs ont aussi à cœur de l'optimiser. Ils ont pour cela investi dans un robot de traite en 2008. Ils ont par ailleurs essayé de mettre en place des ateliers évolutifs. Le bâtiment logettes est conçu pour accueillir 60 vaches à terme.