
Des DPU qui financent la restructuration, sécurisent le capital, mais pas le revenu, une politique agricole plus axée vers l’investissement que vers l’emploi, la décision néfaste du découplage signant le divorce entre l’agriculture et la société ». En résumant par ces quelques phrases des propos de Lucien Bourgeois, économiste ; qui intervenait lors de l’assemblée générale de la Confédération Paysanne Ouest à Loudéac, son porte-parole Jean Cabaret illustre les carences de la politique agricole, les incohérences des décideurs et la nécessité de redonner sa place à l’agriculture.
Pas de contractualisation sans régulation
C’est dans ce sens que Lucien Bourgeois salue dans la loi de modernisation agricole cette initiative du politique de se saisir de la question agricole et alimentaire. Tout comme Jean Cabaret, il estime que les objectifs affichés - « permettre aux exploitations de s’adapter aux contraintes d’un marché de plus en plus instable en respectant l’environnement ; préserver les principes de taille humaine et familiale des entreprises agricoles qui ont fait le succès dans ses fonctions de production mais aussi d’aménagement du territoire et de maintien du tissu rural » - sont louables et ne donnent pas lieu à contestation.
Mais, les bonnes intentions risquent de ne pas suffire. De fait ils s’avèrent beaucoup plus sceptiques sur les moyens mis en œuvre pour y aboutir. Et ils ne trouvent pas leur compte dans une politique alimentaire ou dans des démarches de contractualisation qui n’affichent pas clairement comment le revenu des agriculteurs sera assuré. D’autant plus difficile que progressivement les outils de régulation européens sont abandonnés. Pour la Confédération « la contractualisation n’est pas un élément de politique agricole et la somme des contrats ne remplacera jamais une politique publique de maîtrise de la production ». Quant aux interprofessions, elle estime que « leur renforcement n’a de sens que dans le cadre d’une ouverture aux syndicats agricoles représentatifs et aux associations de consommateurs ».
Non sens économique
Lucien Bourgeois pointe aussi du doigt « le manque de cohésion européenne » et le « chacun pour soi » qui fait que pour certains les ennemis désignés sont aujourd’hui à l’intérieur de l’Europe. « La France qui stigmatise l ‘Allemagne ou le Danemark ». Car pour lui, dans une situation de crise, loin d’être terminée, « on a besoin de l’Europe et il faut faire front commun ou périr ». Et rajoute : « La crise a rattrapé les politiques et va les obliger à faire des arbitrages et à anticiper ». Stigmatisant ainsi un monde qui donne toujours plus de pouvoir au financier. « On attend que l’on interdise la spéculation sur les matières premières agricoles et alimentaires ».
Il défend une politique alimentaire commune favorable à l’emploi et au territoire au travers de grands principes : « revenir à l’alimentation comme légitimité des aides, sécuriser le revenu et non le capital, promouvoir l’emploi comme source de valeur ajoutée, changer la fiscalité et les prélèvements sociaux pour ne pas faire supporter au travail tous les coûts de la solidarité, promouvoir la biodiversité ».
Des propos qui rejoignent la philosophie syndicale de la Confédération quand Lucien Bourgeois conclut : « Dire que produire plus va apporter du revenu, c’est un non sens économique, puisqu’il suffit de 2 % de production en plus pour 20 % de prix en moins ».
Pierre Dénès
Photo : De gauche à droite, Lucien Bourgeois économiste, Jean Cabaret, porte-parole de la Confédération et Henri Daucé, animateur du débat.