
Elle fait partie de ces femmes qui n'ont pas peur de grimper sur le tracteur, à l'heure des soins quotidiens aux animaux mais aussi pour les transporter dans la bétaillère, leur apporter de l'eau au champ ou encore pour quelques travaux des champs (canadien…). "Attention, précise d'emblée Élodie Prual, installée depuis 2006 avec son mari, je fais assez peu de travaux culturaux ! J'ai des amies qui le font, ce qui m'a d'ailleurs prouvée que c'était possible, mais pour ma part j'en suis encore plutôt à mes débuts…"
Question d'organisation
Chez les Prual, les tâches sont très bien réparties : l'hiver, le matin Jérôme s'occupe de la traite et Élodie soigne les animaux (60 laitières), tandis que le soir, c'est l'inverse. En été, quand les journées de monsieur sont à rallonge avec les travaux des champs (environ 80 ha), c'est Élodie qui traie et qui soigne les animaux, matin et soir. D'où la nécessité de savoir manier le tracteur – un 95 CV qui sert à l'élevage –. "En fait, c'est moi qui ai demandé à mon mari de m'apprendre, précise Élodie, qui n'est pas issue du milieu agricole. Lors de mon BPREA, réalisé à Quintenic, j'avais obtenu les bases de la conduite pour le travail autour des vaches. Une fois installée sur l'exploitation, c'est avec Jérôme que j'ai continué. Il m'a laissé faire." Pour ce dernier, laisser les rênes du tracteur n'était néanmoins pas complètement nouveau, puisqu'il a toujours eu l'habitude de le faire pour des stagiaires.
Un gain d'autonomie
Mais pour Élodie, ce savoir faire a une saveur particulière. Sans être particulièrement revendicatrice, elle explique que "savoir conduire le tracteur permet d'avoir une certaine autonomie par rapport aux hommes. J'estime qu'une femme est capable de faire un minimum de ce qu’ils font." Les deux associés ont d'ailleurs pu apprécier leur polyvalence respective lorsque, il y a un an et demi, Jérôme a été arrêté pendant trois mois et qu'il a fallu parer à son absence.
Pour autant, pas question d'empiéter sur les plates-bandes de l'autre. "Nous voulons garder notre répartition du travail", souligne l'agricultrice. Pour l'heure, elle se fixe des objectifs à atteindre progressivement, comme celui d'améliorer sa maîtrise du canadien, de la herse ou du cover crop cette année. "C'est à continuer", conclut-elle avec un grand sourire.
Anne-Laure Lussou
Photo : Élodie Prual manie le tracteur 95 CV qui sert à l'élevage.
Côtes-d'Armor : une formation dédiée
Après les trois autres départements bretons, la Chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor organise prochainement deux sessions d'une formation intitulée "Conduite du tracteur pour elles". Elles auront lieu les 1 et 15 juin pour la première session, et les 7 et 22 pour la seconde, au Centre de formation de Quintenic sous la houlette de Franck Gicquel (voir ci-contre). "Le machinisme et la conduite du tracteur font partie de ces domaines qu'il est important d'approfondir pour les femmes dans un souci d'égalité et de parité entre les hommes et les femmes. Ce genre de formation doit permettre d'apporter plus d'indépendance et d'autonomie", commente Nabila Gain, chargée de développement à la Chambre d'agriculture 22. Relevant aussi au passage que, dans la FDCuma des Côtes-d'Armor par exemple, on ne recense à ce jour aucune femme conductrice de tracteur. Contact : 02 96 50 43 43