
La production laitière se prépare à la sortie des quotas. Une sortie qui s’annonce aussi redoutée que fut l’entrée en 1984. « 95 % des producteurs étaient opposés aux quotas lorsqu’ils ont été instaurés. Aujourd’hui, on a sans doute le même pourcentage qui est favorable à leur maintien », commentait un éleveur lors d’une réunion à Plomelin.
Cinq ans pour se préparer
Si 2015 apparaît encore lointain dans le calendrier, la profession estime qu’il est temps de réfléchir à la fin programmée des quotas. D’où les 17 réunions organisées par la Chambre d'agriculture. « Nous en ferons une synthèse », indique André Sergent, vice-président, promettant de relayer « les attentes des éleveurs » dans les propositions professionnelles qui doivent s’étayer dans les mois à venir.
Le chantier n’est pas simple. Et n’importe quelle organisation collective de la production ne peut ignorer les réalités et les menaces qui guettent l’édifice collectif, fut-il hautement sophistiqué.
Préalable à toute réflexion : le marché laitier n’est pas – plus – un vase clos. Une organisation française pourra difficilement faire abstraction de la politique laitière menée dans le reste de l’Europe. Et rien ne semble acquis d’avance quand on voit avec quelle latitude les différents pays appliquent les quotas laitiers, système pourtant blindé sur le plan réglementaire. « Exemple : nous sommes le seul pays à ne pas avoir ouvert la possibilité de faire 1 % de quota supplémentaire », cite A. Sergent qui pourrait allonger la liste des exceptions appliquées par les Etats membres ces 25 dernières années.
L’équation laitière se corse encore plus quand on intègre la dimension mondiale. « Un prix trop élevé à la production sur l’espace européen est favorable à l’importation de lait moins cher ». Voire de substitut du lait comme on l’a vu en 2008 avec les fromages analogues, fabriqués sans lait.
Un édifice fragile
Bref, plus on se penche sur l’organisation, plus le montage semble complexe et fragile. Sans oublier qu’une organisation aussi parfaite soit-elle peut être torpillée de l’intérieur par une légère surproduction. « Plus 6 % de lait en Suisse et le prix a chuté de 30 % », ont témoigné deux éleveurs helvétiques à Plomelin. Des éleveurs qui n’ont pas assez de mots pour dénoncer tous les travers de l’organisation laitière post-quotas mise en place dans leur pays.
« Si on nous propose de faire 200 000 litres de plus, c’est évident qu’on s’engouffrera », admet à son tour un producteur du Finistère. Et ce n’est pas un prix du lait bas qui freinerait les ardeurs des producteurs. En témoignent les 1 900 élevages finistériens qui, en 2009, ont été candidats au TSST (transfert spécifique de quotas sans terre).
Pour autant que ces exemples montrent la fragilité de toute organisation, ce n’est pas un prétexte pour ne rien faire. « La plus mauvaise solution serait de laisser le producteur seul face à sa laiterie », insiste Jean-Michel Le Breton, vice-président de la Chambre. « On peut en effet imaginer que si rien n’est organisé, certains producteurs trop isolés seront délaissés par leur laiterie. Et qu’est-ce qui empêcherait telle entreprise de dire : sur les 1 000 producteurs, je ne collecte plus que 900 ».
Jouer collectif pour garder la main
Si les élus de la Chambre d’agriculture disent « n’avoir rien à vendre », ils verraient bien un schéma d’organisations de producteurs (OP) réunies en associations d’organisations de producteurs. « Une façon pour les producteurs de garder la main », indique Michel Adam, membre. Et si ce type d’organisation semble assez facile à imaginer dans une coopérative – « à condition de dissocier la section laitière de l’organisation de producteurs », insiste un producteur –, l’exercice semble plus compliqué avec les entreprises privées.
« La question étant de savoir si l’ensemble des acteurs jouera le jeu », doute un producteur qui fait référence à l’organisation porcine. En légumes aussi, les Bretons n’ont eu de cesse de dénoncer les dérapages de certaines OP du Nord de la France. « Avec les conséquences que l’on connaît sur le prix des endives par exemple ».
Sur la zone légumière, l’extension des règles obligeant tous les producteurs de plein champ du Nord-Finistère à livrer leur production au marché au cadran a été aussi régulièrement contestée ces 40 dernières années. Autant d’expériences sur lesquelles doivent s’appuyer les producteurs de lait pour de tracer les contours d’une nouvelle organisation. Sans jamais perdre cet objectif qui met tous les producteurs d’accord : « Obtenir un prix du lait rémunérateur ».
Didier Le Du
Plus que 6 réunions
Les réunions d’échange organisées localement se poursuivent encore pendant une semaine. Prochains rendez-vous :
•Vendredi 28 mai à 20h30 - Saint-Ségal - Centre de formation
•Lundi 31 mai à 14h00 - Plouigneau - Foyer rural
•Mardi 1 juin à 10h00 - Saint-Thégonnec - Salle des associations Park An Iliz
•Mardi 1 juin à 20h30 - Sizun - Salle polyvalente Saint Ildut
•Mercredi 2 juin à 14h00 - Poullaouen - Salle des loisirs
•Vendredi 4 juin à 20h30 – Châteauneuf-du-Faou - Relais de Cornouaille
« Le lait sera rémunérateur »
Si la Chambre insiste sur l’utilité « de peser collectivement dans la négociation des prix », elle n’en rappelle pas moins la nécessité pour les éleveurs d’agir sur les coûts de revient. « Des écarts de 100 euros/1 000 litres sont observés entre producteurs ». Dans ce dessein de rationalisation des coûts, les professionnels finistériens plaident aussi pour « un quota rapidement délié du foncier ».
Si le contexte actuel suscite « des périodes de découragement, peu de producteurs européens semblent épargnés par la crise ». Quant à la Bretagne, elle a sans doute des atouts à faire valoir pour assurer son avenir. La région est favorable aux fourrages, elles dispose d’une industrie et production concentrée sur son territoire. « Le lait sera rémunérateur car c’est un métier contraignant, exigeant une main-d’œuvre motivée », est convaincu A. Sergent.
Sur le court terme, les professionnels pensent que le prix du lait va augmenter « Avant la fin de l’année ». Un pronostic que tout producteur espère voir se réaliser…
Légende photo : Les élus de la Chambre d'agriculture se sont relayés pour animer les 17 réunions organisées sur tout le département. Ici à Plomelin (De gauche à droite : Jean-Michel Le Breton, André sergent, Michel Adam).