
Elle est la bienvenue cette bonne saison 2009/10 en chou-fleur. Une véritable bouffée d'oxygène pour les légumiers adhérant à la coopérative UCPT, en assemblée générale le 21 mai à Plouha. Situé à 25 millions d'euros, le chiffre d'affaires estimé sur ce produit rejoint le niveau de 2005/06, porté par un prix moyen de campagne proche de 60 cent. d'euro par tête. "Le marché a vécu moins de tensions sur l'automne. Et l'hiver froid a permis à la Bretagne de profiter de son avantage climatique jusqu'en mars. La carte de la transformation a été jouée en fin de saison, limitant les invendus". En artichauts par contre, le chiffre d'affaires baisse de 2 millions d'euros. S'agissant de la tomate également, la saison 2009 a été difficile et beaucoup d'exploitations n'ont pas équilibré les comptes.
Dans ce contexte qui reste critique, Gilbert Brouder, président de l'UCPT, est revenu sur "le désordre régnant dans l'organisation économique au plan national". Il dénonce le fait que le Cérafel (quasi seule organisation économique française) ne perçoive plus aucune aide de l'Etat. Sur la Loi de modernisation agricole, la vigilance sera de mise sur les dossiers d'organisation économique et de contractualisation. "Ce concept est très mal adapté au secteur légumier. Dans une filière qui est caractérisée par une grande variabilité des volumes et par une grande diversité de circuits de distribution, seule la confrontation quotidienne de l'offre et de la demande est représentative", a déclaré G. Brouder.
La règle de l'apport total a également été rappelée. "Tant que les OP des trois départements sont soudées, les distributeurs ne peuvent jouer sur des rivalités internes. Ils devront passer par la transparence du marché breton. C'est aussi parce que nous sommes unis que nous pouvons jouer la transformation comme outil de gestion".
La "Brittany Ferries" réagit
Invité à l'assemblée générale, Jean-Marc Roué, président de la "Brittany Ferries" et légumier à Plougoulm (29), a présenté la compagnie maritime créée par les légumiers bretons en 1972, pour assurer le transport de leurs produits. Aujourd'hui encore, 70% du capital est détenu par des coopératives bretonnes. Le chiffre d'affaires consolidé (332 millions d'euros) est généré à 75% par les passagers (pour 80% des Anglais) et à 23% par le fret. Pour faire face aux difficultés, dues notamment à la concurrence et au coût de l'énergie, les responsables répondent par différents axes de développement.
"Une promotion centralisée entre les régions Bretagne, Basse-Normandie, Pays de la Loire et Poitou-Charentes doit être mise en place pour attirer les touristes britanniques, qui ont tendance à s'orienter davantage vers l'Espagne", précise le président. La Brittany Ferries réfléchit également à l'opportunité d'être placée dans le détroit du Pas-de-Calais, "une autoroute de bateaux". Mais la principale voie de développement constitue l'axe Royaume-Uni – Espagne, au potentiel important. Certes, les bateaux transporteront des légumes espagnols concurrents, "mais de toute façon, ils iront sur le marché anglais. Si ce n'est pas en bateau, ce sera par la route. Et des échanges sont par ailleurs possibles avec la péninsule ibérique. La route maritime doit fonctionner dans les deux sens", a argumenté Jean-Marc Roué.
Agnès Cussonneau
Légende photo : Jean-Marc Roué, président de la "Brittany Ferries".