
La crise laitière entamée en 2009 n'aura sans doute comporté qu'un aspect positif pour les éleveurs : les amener à travailler davantage leurs coûts de production. Sur le Gaec du Meillais à Combourg (90 VL, 170 ha de SAU, 400 places porcs engraissement), David et Denis Buan s'appuient sur l'informatique pour produire leur quota de 675 000 L tout en faisant baisser les charges. Ils se sont équipés en 2007 et utilisent les logiciels Isalait et Isamarge (Isagri).
"Au début, nous avons investi plutôt pour la gestion de la réglementation. Aujourd'hui, nous souhaitons valoriser complètement les logiciels, en améliorant les coûts de production", précisent les éleveurs. Chacun possède un pocket PC. Un outil qui permet un gain de temps de saisie, faite rapidement sur le terrain. Par ce biais, ils ont aussi rapidement accès à la fiche actualisée de chaque animal (chaleur, rémanence…). "Nous disposons de la même information".
Exit le côté trop affectif vis-à-vis de leur troupeau. Une vision à la vache est aujourd'hui développée, avec à la clé plus de réactivité. "Le logiciel permet de connaître les coûts à l'instant T. Quand l'analyse comptable arrive sur l'exploitation, il est bien souvent trop tard pour prendre des décisions", explique Denis Buan.
Meilleure gestion des réformes
Sur le plan sanitaire, seuls les maladies et traitements étaient saisis dans le logiciel avant 2009. Aujourd'hui, les prix des médicaments et traitements sont aussi enregistrés. En découle un coût sanitaire par animal. A chaque utilisation de médicament, le stock se met à jour automatiquement. En reproduction aussi, les frais à la vache sont calculés et analysés. "Nous réalisons nous-mêmes les inséminations. A chaque achat de doses, les coûts sont saisis. Par ailleurs, le pocket nous donne directement sur le terrain les informations relatives à tel ou tel animal".
Un classement peut être effectué sur le coût sanitaire ou de reproduction. En fonction des objectifs définis, les vaches trop coûteuses par rapport à leur production seront réformées. Côté alimentation aussi (ration complète), les coûts sont regardés de très près, pour être optimisés. Grâce au module "ration", les éleveurs adaptent les quantités d'aliments par animal. "On connaît vraiment la réponse de la vache à une ration donnée".
Une heure par semaine
Autre levier utilisé par David et Denis Buan : une juste adéquation du quota pour éviter une sous-réalisation ou un dépassement. Un module d'Isalait permet de prévoir la production dans les mois à venir, et ainsi d'adapter la durée de tarissement ou l'alimentation. L'analyse de la qualité du lait via le logiciel est aussi un moyen d'améliorer le revenu. Cet été, les producteurs vont mettre en place l'analyse du coût à la parcelle.
L'investissement initial pour s'informatiser s'est établi à 5 000 euros tout compris (matériel, logiciels, formation), auquel il faut ajouter 200 euros de maintenance par logiciel et par an. Si l'utilisation de ces outils demande de la rigueur, elle n'est toutefois que peu gourmande en temps : "une heure par semaine en tout". La réduction des coûts de production n'est pas encore observable, mais les producteurs avouent avoir "retrouvé une réelle motivation pour leur métier". Faire marche arrière ? "Ce ne serait plus possible".
Agnès Cussonneau
La production par vache envoyée par le robot
Après le rapprochement de leurs deux troupeaux, Bruno Théaudin et Philippe Chevallier ont investi dans un robot de traite Delaval en 2007. Aujourd'hui, ils disposent d'une liaison entre Isalait et le robot, qui leur permet de recueillir la production laitière. Le logiciel récupère également les résultats du Contrôle laitier via la liaison Edel*. "Nous pouvons rapidement détecter une chute de production et la mettre en parallèle avec les taux et cellules. Des décisions de réforme peuvent suivre", indique B. Théaudin. L'analyse des données peut aussi permettre d'évaluer la contribution de chaque animal dans la paye de lait et d'adapter l'alimentation à la production de chaque vache. Le module alimentation permet de raisonner la ration en fonction du coût des concentrés disponibles, pour proposer la solution la moins chère.
* La liaison Edel permet à Isalait d'intégrer les données issues du Contrôle laitier, de laboratoires indépendants, du Contrôle de croissance, du CIA. Un lien existe également pour les notifications à l'EDE.
Légende photo : De gauche à droite : David et Denis Buan et Bruno Théaudin.