
De nombreuses carences en azote sont observées en ce moment, sur céréales. Les conditions de sécheresse ne permettent pas à l’azote d’être absorbé par les racines. Cela pourrait conduire à des déficits de nombre d’épis, si la carence n’est pas levée par des pluies survenant avant le stade épiaison.
La situation est particulièrement préoccupante pour les parcelles dont l’apport "épi 1 cm" a été réalisé après les pluies de fin mars-début avril, car aucune pluie significative n’est tombée depuis. En revanche, les apports d’azote réalisés mi-mars ont été bien valorisés. Toutefois, se pose aujourd’hui la question de la valorisation du complément réservé pour la fin montaison.
Efficacité liée à la pluie
La pluie après l’apport conditionne l’efficacité de l’azote. Une certaine quantité de pluie consécutive à l’apport est nécessaire pour que l’azote puisse être absorbé correctement par la culture. Plusieurs expérimentations ont permis de déterminer qu’au moins 15 à 20 mm de pluie après un apport sont nécessaires.
Cette conclusion est valable pour les différentes formes d’engrais (solide et liquide), que l’horizon de surface du sol soit sec ou humide au moment de l’apport. Si la pluie survient à temps l’azote présent à la surface du sol sera très rapidement absorbé. Plus le délai entre l’apport d’azote et l’arrivée d’une telle pluviosité est long, plus la carence perdure et plus les pertes par volatilisation d’ammoniac sont importantes pour certaines formes d’engrais (solution). C’est le cas cette année.
Attention à la volatilisation
L’ammonitrate constitue la référence pour évaluer l’efficacité de l’azote contenu dans les autres engrais. En raison de leur composition chimique (azote sous forme uréique et/ou ammoniacale) la solution azotée et l’urée solide sont propices à la volatilisation d’ammoniac qui, outre les conditions climatiques dans les jours qui suivent l’apport (forte température, vent…) dépend du type de sol (pH, CEC) et de l’état de développement de la culture au moment de l’apport.
Toutefois, l’apport de la forme urée sur céréales d’hiver (dont la végétation recouvre bien le sol au moment des apports) a une efficacité comparable à celle de l’ammonitrate.
Eric Masson
Alain Bouthier
Arvalis-Institut du Végétal
Faut-il un apport complémentaire d’azote ?
Pour les parcelles qui nécessitent un apport complémentaire par rapport à la dose initialement prévue, les outils de pilotage (Jubil, N tester) peuvent être utilisés, mais attention une quantité de pluie de 20 mm doit avoir été enregistrée depuis le dernier apport, pour que la mesure soit validée.
La dose complémentaire peut être apportée dès lors que le stade gonflement-début épiaison n’est pas atteint. Si ce stade est dépassé sans que la culture n’ait été arrosée, l’azote apporté contribuera essentiellement à améliorer le taux de protéines, mais ne pourra rattraper la perte de rendement induite par la carence azotée courant montaison.
Attention, dans certaines situations de semis tardifs en conditions hydromorphes durant l’hiver…le potentiel est déjà altéré et cela doit être pris en compte dans l’évaluation de la dose. Dans ces conditions, un apport complémentaire sera peu ou pas valorisé.
Légende photo : La faible pluviométrie ne permet pas une bonne absorption de l'azote, ce qui pourrait conduire à un déficit du nombre d'épis.