
Même si la consommation des serres bretonnes s'est abaissée ces dernières années (passant de 450-500 à 300 kWh/m2), grâce notamment aux écrans thermiques et aux variétés permettant des écarts de températures plus grands, la charge "énergie" demeure conséquente. Et les solutions ne sont pas légion, comme l'a évoqué Gilles Petitjean, directeur régional de l'Adème (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), lors de l'assemblée générale de la coopérative Solarenn. Repère souvent donné : les serres représentent le tiers de l'énergie absorbée par l'agriculture, qui elle-même pèse 6% de la consommation régionale.
"Aujourd'hui, dans l'habitat, on sait comment réduire la facture. En serre, c'est plus compliqué", a synthétisé l'intervenant. "La seule piste vraiment intéressante serait la cogénération qui est développée dans de nombreux pays européens". Les producteurs de Solarenn approuvent : "Cette voie originale qui confie aux serristes une part de la production d'électricité, tout en récupérant chaleur et gaz carbonique pour les diriger vers les serres, est une solution rationnelle, écologique et durable", soulignent-t-ils.
L'Etat freine toujours
"400 mégawatts électriques pourraient être produits en Bretagne, dont 200 par les maraîchers", chiffre Gilles Petitjean. Une opportunité alors que la région est fortement déficitaire en énergie. Mais le frein au développement de la cogénération en France, c'est l'Etat. Depuis plusieurs années, les producteurs demandent l'augmentation de la période de rachat de l'électricité par EDF, actuellement de 5 mois (du 1er novembre au 31 mars). "La surface en serres doit être de 4-5 ha pour la cogénération soit rentable".
"Aux Pays-Bas et en Belgique, le rachat se fait toute l'année. Ils retirent autant de revenus de cette activité que de la vente de leurs légumes", plaident les responsables bretons, lésés par cette distorsion de concurrence. "En Hollande, le coût de chauffage revient à zéro", ajoute Christophe Rousse, président de Solarenn. "Pendant que les autres pays développent la cogénération (y compris chez les particuliers en Allemagne), la France prend du retard", précise Gilles Petitjean. "Il faudrait une politique européenne de l'énergie", réclame Pierre Diot, président de l'AOP tomates et concombres.
Biomasse, méthanisation, solaire… peu adaptés
Lors de son exposé, Gilles Petitjean a aussi proposé d'autres pistes : la mise en place de serres à côté de certaines usines d'incinération, d'ateliers frigorifiques qui génèrent de la chaleur, ou encore des systèmes plus fermés pour maîtriser les consommations. Le directeur de l'Adème a passé en revue différentes autres directions, qui ne sont pas adaptables pour les serristes. "L'utilisation de biomasse est à développer en Bretagne, mais nous allons être limités en ressource et les serres sont de grosses consommatrices. La méthanisation pourrait permettre de valoriser des résidus de cultures (tiges…), mais les plans d'épandage derrière posent problème". Le solaire thermique est aussi assez incompatible avec la production sous serre, car il faudrait des surfaces considérables. "Le solaire photovoltaïque et l'éolien terrestre se développent, mais représentent plus des investissements capitalistiques". Autre solution testée par les serristes bretons : la pompe à chaleur air-eau. Intéressante, "mais elle perd sa rentabilité en période froide". Pas de solution miracle donc pour le moment. "Les producteurs doivent continuer à se battre pour faire avancer le dossier de la cogénération".
Agnès Cussonneau
Photo :Gilles Petitjean, directeur régional de l'Adème.
Une campagne 2009 catastrophique
Production élevée, météo capricieuse et importations belges et hollandaises ont eu raison du cours moyen de la tomate, qui s'est révélé catastrophique sur 2009. Les producteurs de Solarenn ont toutefois légèrement sauvé la mise grâce à un rendement exceptionnel en tomates rondes et grappes. Pour la première fois, les 60 kg/m2 ont été dépassés. La course à la compétitivité se poursuit.